Homélie du dimanche de la Pentecôte - Année A - Enregistrer au format PDF

Dimanche 31 mai 2020
Samedi 30 mai 2020

Insaisissable !

Insaisissable Esprit Saint qui nous échappe dès que nous voulons le saisir. Insaisissable et pourtant acteur essentiel de l’histoire du salut. A la création, il est ce vent qui vole à la surface du néant, souffle que Dieu communique à l’homme et en fait un être vivant. Voix qui demande à Abraham de quitter son pays, aux prophètes de se mettre en route, à Marie de se hâter vers Elisabeth, à Jésus de partir au désert après son baptême, aux disciples d’aller annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Esprit mystérieux mais Esprit de vie qui féconde Marie et insuffle sans cesse une vie nouvelle, à l’image de ce vent que Dieu envoie loin de la traversée de la Mer Rouge, et qui ouvre les eaux de la mort pour un passage vers la vie. Esprit mystérieux, puissance de résurrection qui vient sur les ossements desséchés, leur redonne vie et, par là, nous annonce notre propre résurrection.
Insaisissable Esprit Saint que nous ne pouvons décrire que par des images. Elles montrent sa légèreté, sa mobilité. Tantôt Il prend figure de l’oiseau, tantôt du vent, tantôt de la flamme. Personne ne peut le saisir pour se l’approprier, et l’Esprit, souverainement mobile, rend mobile tout ce qu’il touche. Ainsi le vent. Nous ne le voyons pas, nous ne le maîtrisons pas, nous ne pouvons pas le saisir, mais nous en voyons les effets. Les langues de feu, elles sont impossibles à saisir, mais nous en voyons les effets dans le récit des Actes des Apôtres. Quant à l’oiseau, il vole où il veut, se pose où il veut, totalement libre dans ses choix. De ces images nous apprenons que personne n’est propriétaire de l’Esprit Saint, mais que c’est lui qui nous choisit, que cet Esprit d’amour du Père et du Fils nous met toujours en route et que nous n’en finissons pas d’aller plus loin. Sous son impulsion, notre relation à Dieu et aux autres change et, comme pour les Apôtres, nos comportements se modifient, pour suivre le Christ. Des routes nouvelles s’ouvrent que l’Esprit nous pousse à prendre. Nous pourrions craindre ce vent qui souffle où il veut et nous envoie où on ne sait pas, cet Esprit que personne ne peut confiner. Nous n’avons pourtant rien à craindre : l’Esprit de Dieu, Esprit d’Amour, nous mène vers Dieu, le plus grand Amour, et vers les autres pour témoigner de cet Amour infini qui nous partage sa vie.
Insaisissable Esprit Saint qui ne demande qu’une chose : que nous nous laissions saisir par lui. Que se passe-t-il à la Pentecôte ? Les Apôtres sont enfermés au Cénacle, verrouillés par la peur ; seule la prière les maintient en vie. Et l’Esprit surgit, fait sauter les verrous, ouvre portes et fenêtres et pousse les Apôtres hors les murs. Ils étaient presque morts et les voici enfantés à une vie nouvelle, une vie au grand air qui va engendrer un corps nouveau : l’Eglise. Ils sont devenus des hommes nouveaux parce qu’ils se sont laissé faire par l’Esprit. Ils n’ont pas résisté au vent et ils se sont laissé brûler d’amour pour le monde.
Et nous ? La tentation est grande de nous enfermer dans nos peurs, de nous verrouiller dans nos cénacles et nos églises en oubliant que si l’Esprit Saint nous est donné à notre baptême et dans tous les sacrements, ce n’est pas pour le confisquer. L’Esprit Saint que nous recevons aussi en communiant n’a pas pour but de nous enfermer dans le confort du culte ou du cœur à cœur avec le Christ. Si l’Esprit Saint nous est donné, c’est pour nous faire sortir, nous faire aller au monde et témoigner, même au risque de nos vies, du feu que le Christ a allumé dans nos cœurs et qui nous rend brûlants d’amour pour Dieu et pour les autres. Nous avons été confinés dans nos corps, nos maisons, nos églises. Les Apôtres, eux aussi étaient confinés. L’Esprit Saint s’est chargé de les déconfiner et de quelle manière. Le risque du confinement spirituel nous guette ; il nous conduira à un enfermement mortifère. Alors, supplions le Seigneur de nous envoyer l’Esprit Saint : qu’il nous sorte de nos enfermements, de nos forteresses, et qu’il nous jette sur les routes du monde pour témoigner de l’Amour de Dieu et l’annoncer à tous les hommes.
« Que le feu d’en haut venu sur les disciples consume tout mal au fond de nos cœurs et vous fasse porter au monde sa lumière » dira la bénédiction finale.
Alors, laissons-nous saisir par l’insaisissable Esprit Saint. Qu’il enflamme nos cœurs et fasse de nous les Apôtres d’aujourd’hui.
Amen.
Serge Kerrien le 31 mai 2020

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