Homélie du dimanche des Rameaux Enregistrer au format PDF

Dimanche 5 avril 2020
Samedi 4 avril 2020

Lectures : Mt 21, 1-11 ; Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ; Mt 26, 14 – 27, 66)

Chers amis,

Nous voici par ce dimanche engagés dans la dernière semaine de Carême, ou mieux dans la semaine sainte. Et ce dimanche aura eu l’honneur d’avoir à lui seul deux évangiles, du même auteur, Saint Mathieu.
Les faits se déroulent pratiquement au même endroit : à Jérusalem, avec presque les mêmes personnages : Jésus, ses disciples, les Juifs … Mais le contenu de ces deux évangiles est très différent, sinon contradictoire.
Alors que le premier qui ouvre la liturgie du jour acclame le Messie qui rentre solennellement dans la ville sainte « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! », le second présente une foule enragée réclamant sans pitié la mort de « Celui qui vient au nom du Seigneur »  : « A mort, crucifie-le, crucifie-le ! ».
C’est le paradoxe de ce jour ! C’est le paradoxe de ce peuple dans lequel le Christ a eu vivre ses 33 ans d’existence sur terre ! Ce peuple qui venait de partout à lui pour l’écouter, ce peuple dont il a guéri les malades, expulsé les esprits mauvais, ressuscité les morts, ce peuple qu’il a nourri, aujourd’hui réclame sa tête et préfère la libération d’un bandit !
C’est le paradoxe de ces disciples choisis qui ont mangé et bu avec lui, qui ont été ses très proches collaborateurs, mais qui aujourd’hui n’hésitent pas à le livrer contre trente pièces d’argent, à l’abandonner ou carrément à affirmer qu’ils ne connaissent pas « cet homme » … c’est le paradoxe de notre vie de foi en tant que Chrétiens.
Aujourd’hui je suis très content de mon Dieu, je le loue, je proclame sa grandeur … demain j’ai peur, j’ai honte, je suis timide, je doute de mon Dieu. C’est aussi le paradoxe de ce Christ qui, après avoir subi ces humiliations et ces trahisons, cette haine, cette souffrance inimaginable et insupportable jusqu’à la mort, continue d’aimer et de pardonner : « Seigneur, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ».
Et c’est vraiment là, la bonne nouvelle pour nous en rentrant dans cette « semaine sainte », celle de comprendre une fois encore que le Seigneur continue de nous aimer et de nous faire miséricorde.

Chers amis, depuis le 26 février, mercredi des cendres, nous nous sommes laissé entraîner par le Christ au désert, pour qu’en nous dépouillant du superflu, nous nous rapprochions davantage de lui et de nos frères et sœurs en humanité. Quand nous rentrions dans cet « entrainement spirituel », nous ne savions pas forcément où cela nous conduirait.
Personne ne pouvait s’imaginer ne pas pouvoir lever son bout de rameau en ce dimanche et de chanter avec tous les paroissiens : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, Hosanna au plus haut des cieux ! ».
Et certainement que les conditions dans lesquelles nous nous trouvons depuis peu ne nous ont pas permis de vivre ce temps comme nous l’avons souhaité.

Nous voici alors au début de la semaine sainte, la dernière ligne droite, comme on le dit. Il serait peut-être utile pour nous d’examiner le chemin de Carême parcouru. Chacun de nous peut se demander justement : qu’est-ce qui a pu changer de positif dans ma vie ? Quel défaut, quelle inclination ai-je pu, avec la grâce de Dieu, éradiquer en moi et autour moi ? Quels pas ai-je franchis sur le chemin de réconciliation, de la fraternité, de l’hospitalité, de la solidarité … en un mot quel chemin de sainteté ai-je laissé la main de Dieu réaliser dans ma vie ?
Chers amis, au seuil des festivités pascales, nous sommes pratiquement proches du but, le chemin à parcourir devient plus court, mais aussi plus intense. Nous sommes invités à rentrer avec le Christ dans la ville sainte, non plus sur le petit d’un âne, mais en rentrant en nous-mêmes, sans nous replier sur nous-mêmes, pour redécouvrir ce Dieu plein d’amour et de miséricorde, pour vivre avec plus d’intensité et de profondeur le Mystère de notre foi : Dieu descend dans notre humanité, vit notre fragilité jusqu’à la mort et ressuscite pour et avec nous !
A la fin de cette semaine, nous vivrons à partir de jeudi le triduum pascal, le sommet de notre année liturgique. Même privés de prière communautaire, ayons à cœur de vivre intensément ces jours. En 2009, le Pape Benoit XVI, en pèlerinage à Nazareth nous avait rappelé que la famille est l’Église domestique. Profitons de ce temps de confinement pour vivre profondément ces mystères de notre foi autour de la Parole de Dieu méditée et partagée en famille.
Rentrons en toute confiance avec le Christ dans le mystère pascal pour vivre avec lui en communion avec toute l’humanité sa Passion-Mort et Résurrection.

Documents à télécharger