Homélie du vendredi Saint à Plérin Enregistrer au format PDF

Vendredi 19 avril 2019 - Suite à l’incendie de Notre Dame de Paris …
Samedi 20 avril 2019 — Dernier ajout vendredi 19 avril 2019

« Voici l’homme ! » (Jn19)

C’est la remarque de Pilate lorsqu’il présente Jésus à la foule : cet homme-Jésus est défiguré puisqu’il vient d’être flagellé, affublé d’une couronne d’épines, revêtu d’un manteau rouge, giflé, violenté que moqué. C’est l’homme dans sa déchéance. C’est le signe de l’humanité lorsqu’elle est capable des pires atrocités et qu’elle se laisse conduire par l’esprit des ténèbres. Voici l’homme ! Et en même temps, cet homme de Nazareth est aussi ce Fils de Dieu qui s’abaisse totalement dans sa chair et dans tout son être pour aller chercher l’humanité déchirée, l’humanité meurtrie, l’humanité blessée, en vue de la sauver, de la faire accéder à la Lumière de la Vie.

Comme chacun de nous, Jésus, cet homme, est un mortel. Sa vie terrestre est limitée dans le temps et dans l’espace. Et en même temps, par son origine divine, il est appelé par son Père à l’immortalité, à vivre la mort comme le passage qui le conduira entre les mains de son Père.

En regardant, impuissant, la cathédrale Notre Dame de Paris, s’embrasser lundi soir, nous pouvions être terrifié par l’événement que nous vivons, à distance, et en direct. Une partie de notre cœur, de notre histoire commune, partait en fumée, s’élevait comme un brasier dans le ciel de Paris, au moment où la nuit commençait à tomber. L’image de ce désastre nous renvoie au désastre qu’on peut ressentir les quelques disciples qui osaient encore l’accompagner de loin, lorsqu’ils ont vu tous leurs projets s’effondrés au moment où Pilate présentait Jésus à la foule par ces mots : « Voici l’homme ! » Voici ce qui reste de Celui que vous me présentez pour qu’il soit crucifié. Voici ce qui reste de Celui qui, selon vous, s’est prétendu « être le roi des Juifs ».

S’en tenir à la condition mortelle de chaque être, comme s’en tenir à la destruction de Notre Dame de Paris, c’est risquer de s’enfermer dans la fatalité et renoncer à tout élan d’espérance. Certes, dans la mort de Jésus-Christ, comme dans l’incendie de Notre Dame, un tournant se joue. Pour les disciples, c’est le tournant de perdre Celui en qui ont mis leur espoir, leur avenir. Pour nous tous, attachés de près ou de loin à Notre Dame de Paris, c’est voir s’enflammer une partie de notre histoire commune, de notre patrimoine, de notre identité. Mais, parce que, dans la foi nous croyons que la mort n’a pas le dernier mot, parce que le Christ nous a ouvert, le premier, le chemin de la Résurrection, alors nous pouvons rebondir en étant ces pierres vivantes.

Déjà sur la croix, selon le récit de St Jean, le Christ porte du fruit : « de son côté ouvert, il sortit de l’eau et du sang. » (Jn 19). A sa suite, nous croyons qu’Il continue de faire son œuvre en nous et par nous, pour que nous portions du fruit qui demeure. Gravés dans les pierres de nos églises, de nos maisons et gravés dans nos cœurs d’hommes et de femmes, ces graines de vie et d’éternité sont appelés à s’épanouir en fruits de bonté, de charité, de joie, pour regarder notre vie comme une trajectoire d’immortalité où Dieu ne cesse de nous renouveler sans cesse.

Oui, contempler la croix du Christ c’est contempler la souffrance de Dieu qui vient nous chercher au cœur de notre détresse et aussi contempler l’amour de Dieu qui, en son Fils Jésus, les bras ouverts, vient nous attirer à Lui, pour nous rassembler dans un même peuple, une même espérance.

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