Homélie pour la Toussaint 2020 Enregistrer au format PDF

Dimanche 1 novembre 2020
Dimanche 1er novembre 2020 — Dernier ajout samedi 31 octobre 2020

La fête de notre dignité

Les textes de ce dimanche de Toussaint, mettent en valeur la profondeur et la qualité de l’être humain.
En donnant à ses disciples, les Béatitudes que nous venons d’entendre, Jésus leur propose et nous propose le chemin du vrai bonheur. Or, ce chemin ne se jauge pas à tout ce que nous ferons, nous aurons fait, à tout ce que nous aurons amassé, tout ce que nous aurons possédé. _ Ce chemin de bonheur est à la mesure de notre qualité d’être, à notre réelle dignité d’être humain.
Or, quelle est cette dignité humaine qui fait la valeur de notre personne et notre existence ?

La place de chacun : son identité
« Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » (J Jn 3). Dans la seconde lecture, St Jean nous invite à prendre conscience de notre identité. Oui, comme être humain, comme créature, nous avons tous notre code génétique qui nous définit quant à notre corps et nos cellules. Mais notre code génétique ne fait pas notre identité. Notre identité est déjà liée au fait que nous sommes de la même nature, de la même pâte humaine. Notre identité est augmentée par le don de la vie reçu de nos parents, par notre histoire familiale mais aussi par notre insertion dans un milieu social, économique, culturel. Comme croyant, comme chrétien, cette identité prend sa source dans cette confiance en ce Dieu d’amour et Père Jésus le Christ qui est le Dieu de toute vie. Ainsi, notre dignité humaine est liée à notre identité personnelle et elle est d’abord le fruit d’un don : le fruit de la vie reçue, de la vie qui se développe un peu plus chaque jour.

La place de chacun dans la société : famille, travail, école, associatif, culturel, politique
Mais cette dignité, qui est d’abord un don car chaque être humain doit être accueilli, respecté, aimé, se reçoit aussi par la place que nous prenons dans la société ou qui nous est offerte dans le collectif. Dans cette humanité, nous faisons partie de « cette foule immense que nul ne peut dénombrer » car le chiffre 144 000 signifie et symbolise la totalité de l’humanité. En ce sens, nous pouvons être déconcertés par les promesses de bonheur que Jésus : « Heureux les pauvres, Heureux ceux qui pleurent, Heureux ceux qui sont persécutés… ».
Par ces béatitudes, Jésus ne nous invite pas à la souffrance, à la tristesse, à la violence, à la persécution, mais il nous invite à garder le cœur et l’esprit suffisamment ouverts pour nos proches et pour tous nos frères et sœurs en humanité, afin que nous puissions être capables de nous enrichir des autres, de participer ensemble à une œuvre commune : faire reculer la pauvreté, la solitude, les injustices, les maladies, la violence, la haine et poser des gestes de paix, de communion, de fraternité, de compassion, de partage, de guérison, en vue de donner toute son épaisseur à la valeur de notre dignité humaine. Lorsqu’un être humain est sauvagement assassiné c’est notre dignité humaine d’enfant de Dieu qui est attaquée, salie…

La place de chacun au-delà de la mort :
Et cette dignité humaine s’exprime aussi au-delà de la mort. En nous retrouvant dans cette église en ce jour de la Toussaint, nous célébrons la fête de notre dignité et nous honorons la valeur et la dignité de nos proches qui nous ont précédés sur cette terre. Nous voulons croire qu’en Dieu, par la mort/résurrection de Jésus, ils ont désormais revêtu le vêtement de la dignité par qu’ils font partie de « ces gens vêtus de robes blanches, qui viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » Ap. En fleurissant leurs tombes, en venant à cette célébration pour les confier au Dieu de miséricorde, en gardant dans votre cœur ce qu’ils ont été, ce qu’ils vous ont donnés, transmis, en continuant de les rendre vivants en parlant d’eux, vous continuez d’honorer leur dignité d’hommes et de femmes, et de croire qu’au-delà de la mort et de la disparition de notre vue, ils vivent autrement et dignement dans le cœur de Dieu.

Frères et sœurs,
La pandémie qui nous touche de plein fouet nous rappelle notre fragilité humaine et que nous sommes liés les uns les autres. La fête de la Toussaint nous invite à faire l’expérience de la communion entre ceux et celles d’aujourd’hui, ceux et celles d’hier et ceux et celles qui viendront demain. Elle nous invite à continuer de faire œuvre de responsabilité individuelle et collective pour que la Vie triomphe de la mort, pour que la fraternité triomphe de la haine et de la violence, du terrorisme, de la barbarie, pour que l’Amour triomphe de nos peurs et de nos enfermements car, comme nous le dit le Pape François dans son document sur la Fraternité et l’Amitié Sociale (« Fratelli Tutti ») : « Nous avons été créés pour une plénitude de vie qui n’est atteinte pleinement que dans l’amour » (n°68).

Documents à télécharger