Homélie pour la fête de la Toussaint 2018 Enregistrer au format PDF

Jeudi 1er novembre 2018
Lundi 5 novembre 2018

Chers amis,

Nous voici à la fête de la Toussaint. Nous avons peut-être du mal à en faire une fête joyeuse. Toutes ces visites commencées depuis quelques jours aux cimetières, chargés d’arrosoirs, de balais, de fleurs, de bougies… réveillent peut-être en nous de douloureux souvenirs. En ce jour, beaucoup se sont mis en route vers la terre de leur famille pour se retrouver et se souvenir de ceux qui nous ont précédés.

C’est vrai, nous ne pouvons pas faire moins un jour de Toussaint. Toutes ces visites sur les tombes de nos défunts témoignent de la reconnaissance et de l’affection que nous leur portons. Et pourtant, cette journée n’est pas que celle d’un souvenir douloureux de nos frères et sœurs qui nous ont quittés. C’est surtout la fête de l’avenir. La sainteté c’est en effet l’avenir proposé par Dieu à tous les hommes. Nous sommes tous appelés à devenir des saints. Le Christ nous y invite sans cesse : « soyez saints comme votre Père céleste est saint » Le problème c’est que, trop souvent, nous nous faisons une fausse image de la sainteté. Nous imaginons les saints comme des êtres lointains, qui ont accomplis des performances extraordinaires à coups de renoncements et de sacrifices exceptionnels.

La première chose que nous ne devons jamais oublier, c’est que Dieu seul est saint. La première lecture nous dit que c’est lui qui marque et qui rassemble le peuple élu. C’est lui qui offre à tous, le véritable bonheur. Tous ces hommes et ces femmes qui ont été reconnus saints, étaient des gens comme nous. Ils ont connu comme nous les limites de la nature humaine avec tout ce que cela suppose. Mais ils se sont livrés tout entiers, avec leurs qualités, leurs défauts et leurs passions au dynamisme de Dieu et à son amour passionné pour les frères et sœurs. Et ils ont obtenu la récompense de leur amour et de leur fidélité. Ce message est particulièrement important pour notre époque troublée, bouleversée, déstabilisée… Accueillons-le comme un appel à réchauffer notre foi et notre espérance.

A quelques kilomètres de nous, à Carnoët, se trouve une montagne, que l’on s’est convenu à appeler vallée, la vallée des saints. Désormais, il y a un peu plus d’une centaine de sculptures de saints bretons que nous contemplons, admirons et prions. N’oublions jamais qu’avant d’être reconnus aujourd’hui comme modèles, ils ont cheminé comme chacun de nous. Leur vie a été une vie quotidienne, ordinaire, mais une vie convaincue, une vie d’oblation, une vie d’effort et de sacrifices contre le mal et pour le bien. Ce que Dieu a réalisé pour chacun d’eux, il le veut aussi pour nous. Nous partageons avec eux la même vocation, celle à laquelle nous invite l’évangile que nous venons d’entendre.

« Heureux les pauvres de cœur ! » Il est clair que la pauvreté dont parle Jésus n’est pas la misère. La pauvreté est toujours un fléau contre lequel il nous faut lutter personnellement et collectivement. L’hiver qui arrive est là pour nous le rappeler. Le bonheur des pauvres de cœur dont parle Jésus, c’est tout autre chose. Et il ne concerne pas que la vie future. Jésus promet le bonheur à ceux qui ne sont pas pleins d’eux-mêmes mais qui sont aptes à accueillir le Royaume de Dieu. La pauvreté de cœur c’est avant tout la disposition du cœur à accueillir les grâces divines.

Pour comprendre toute la portée de ces béatitudes, c’est vers le Christ que nous devons nous tourner. Il est le pauvre de cœur qui attend tout de Dieu et qui choisit de lui être fidèle jusqu’au bout. Il est le doux, celui qui relève la femme adultère sans brusquer ses accusateurs. Il ne cherche pas à mettre les coupables dans l’embarras ; et surtout il se réjouit quand il rencontre des gens de bonne volonté (Zachée qui s’est engagé à rembourser ses victimes et à partager avec les pauvres). Il est le miséricordieux qui se penche vers les misères physiques et morales et qui cherche à les apaiser. Il est l’artisan de paix qui invite sans cesse à pardonner et qui a donné l’exemple sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Quant à être persécuté, il suffit de lire la Passion pour s’en rendre compte. Lui le Fils de Dieu a été condamné au nom même de Dieu.

Ces béatitudes de l’évangile sont avant tout un portrait de Jésus lui-même. Elles nous montrent le chemin pour parvenir au vrai bonheur. Accueillons-les comme un appel à nous laisser modeler par lui à son image.

En ce jour, ma prière pour tous nos frères et sœurs qui nous ont déjà quittés, est qu’ils soient au nombre des bienheureux, ma prière pour chacun de nous ici est qu’au jour où nous ne seront plus sur cette terre, nous puissions faire partie de la foule immense d’élus que nul ne peut compter. Que tous les saints et saintes de Dieu intercèdent pour nos défunts et pur nous.

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