Homélie pour le dimanche 11 novembre 2018 - Centenaire de l’armistice Enregistrer au format PDF

Plérin 32e dimanche ordinaire B - L’obole de la veuve
Mercredi 14 novembre 2018

Deux idées retiennent mon attention en ce jour, où nous commémorons le centenaire de l’armistice de 1918.

Tout d’abord, vivre l’épreuve de la fragilité
En écho au premier texte que nous avons entendu, où une veuve est confrontée avec son fils à la famine et au risque de la mort imminente, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec tous ces soldats, tous ces hommes de nos villes, de nos villages, de nos familles, qui ont été confrontés à la famine, au dénuement, au froid et à la mort dans les tranchées. Vivre l’épreuve de la fragilité et de l’angoisse, en plein cœur de sa jeunesse, c’est accepter de faire des sacrifices au nom de nos valeurs communes, au nom de la Liberté, au nom de l’Egalité, au nom de la Fraternité. Or, parmi ces milliers de soldats tombés au front, dont le nom est gravé à jamais sur nos monuments aux morts, parmi ces milliers de soldats qui garderont des séquelles toutes leurs vies, soit dans leur corps, soit dans leur esprit, notamment dû aux effets des gaz toxiques, nombreux sont ceux qui n’ont rien demandé, qui n’ont pas eu à choisir entre la vie ou la mort, car leur seul devoir était de répondre à la mobilisation et de se lancer dans la bataille pour défendre leur pays. Dans un monde qui manifeste à divers endroits et de différentes manières une volonté de repli, une tendance à préserver sa parcelle, le Dieu de la Vie auquel nous croyons, comme chrétiens, nous oblige, en conscience, à nous poser la question de la solidarité, de la confiance et du partage. En effet, quel culot que celui du prophète Elie, celui de venir quémander un morceau de pain à celle qui ne possède pratiquement rien ! Mais cette audace d’Elie souligne l’audace de Dieu qui vient nous rejoindre au cœur de nos fragilités et de nos pauvretés pour nous relever, nous donner de continuer à croire, à espérer dans la vie, à espérer en un avenir meilleur où le pain pourra être suffisant pour chacun et pourra être partagé de façon équitable. Car gagner une bataille et finir un conflit n’est jamais totalement gagner la Paix car cette paix est à construire jour après jour, à notre niveau, dans les relations que nous établissons avec nos plus proches comme avec nos plus lointains : la paix est le fruit patient et long d’un réel développement humain et d’une réelle croissance humaine basée sur le respect et le dialogue des différences.

De l’évangile, je retiens cette figure de cette veuve dans le Temple : « Donner tout et non de son superflu ».

Dans la Bible, les veuves comme les enfants sont le symbole des personnes les plus pauvres, les plus démunis, matériellement. En plus, leur avenir est tributaire d’un autre, de ce maître, de ce chef de famille dont elles dépendent. Et pourtant, comment ne pas penser et porter dans notre prière, toutes ces femmes qui seront des victimes collatérales de la guerre.
Démunies de la force masculine, elles se trouvent tout à coup propulsées aux premières places pour prendre des responsabilités au sein de l’exploitation agricole et pour faire vivre et grandir leurs familles. Pendant que le frère, le mari est au front ; elles sont celles, qui, avec peu de moyens, permettent à la vie de se poursuivre, permettent à des enfants d’avancer, de progresser, permettent à une commune de garder une activité économique et sociale. Parmi ces mêmes femmes, beaucoup d’entre elles, deviendront veuves de guerre. Parmi ces femmes, beaucoup d’entre elles subiront une double épreuve en perdant l’un de leurs enfants pendant la seconde guerre mondiale. Alors que leur époux à donner toute sa vie pour la libération de notre pays et la sauvegarde des intérêts de la Nation, elles se voient dans l’obligation de donner toute leur vie pour continuer, après eux, de creuser le sillon, et d’ouvrir des chemins d’espoirs, d’espérances. En mettant en valeur l’offrande de cette « pauvre veuve », Jésus nous ramène à l’essentiel. Dans toute vie, ce qui compte, ce qui a force et valeur, c’est tout le poids d’amour et d’humanité que nous pouvons partager et donner, comme la préservation de ce bien précieux qu’est la santé. Nous pouvons continuer d’amasser dans des coffres-forts, de spéculer, au détriment des plus faibles, des plus précaires, cela ne sert à rien parce que notre Dieu est un Dieu qui ne cesse de s’appauvrir, jusqu’au don total de lui-même, pour nous enrichir de sa pauvreté. Nous pouvons continuer d’attiser la haine, de rechercher des boucs émissaires, responsables de tous nos maux, de tous nos problèmes, cela ne sert à rien, si nous n’acceptons de faire reculer la souffrance, encourager la recherche et faire œuvre de conversion pour nous demander de quoi je peux m’appauvrir pour donner à l’autre la possibilité de vivre dignement. La puissance manifestée par la force, par le mépris, par la volonté d’écraser le plus faible est toujours d’actualité. Mais la puissance d’amour et de bonté, sans naïveté, est celle qui permet aux êtres humains de bâtir le Royaume de Fraternité et du bien Vivre ensemble.

Frères et sœurs,
Chers amis,

En ce jour, rendons grâce dans la prière pour tous les efforts accomplis sur notre continent au service de la Paix et de l’entente entre les peuples. N’oublions pas de nous souvenir par la pensée et par la prière de ceux et celles qui ont donné leur vie pour cette cause. Portons aussi dans notre prière tous ceux et celles, militaires de métier, volontaires, qui sont engagés dans différents coins de la planète au service de la protection des populations et au service de la Paix.