Homélie pour les obsèques de Yves Fleury Enregistrer au format PDF

Mardi 10 décembre 2019 - Paul Plantet -
Jeudi 12 décembre 2019 — Dernier ajout vendredi 13 décembre 2019

Yves, petit frère, j’ai bien écouté tes enseignements et je vais essayer d’être à ta hauteur. Pas facile car tu as mis la barre un peu haute.
Oui, vous tous qui êtes ici pour accompagner Yves dans ce dernier moment de vie humaine, je vais vous parler de Dieu.
Car Yves ne savait pas, ou peu, parler sans tout ramener au Seigneur.
Et qu’est-ce qu’il avait raison.
En tant que baptisé, nous sommes devenus prêtre, prophète et roi.
Prêtre, il l’a été parce qu’il a su être le pasteur qui sait entendre ceux qui lui ont été confié sur son chemin.
Il a su leur parler pour les réconforter, pour les fortifier, pour leur montrer le bon chemin, celui de l’amour de son prochain.
Être prophète, c’est vivre passionnément, communier profondément, au désir de Dieu qui souhaite nous voir heureux.
C’est être convaincu que le bonheur est possible.
Alors qui dire de son don de prophétie, quand il vous regardait droit dans les yeux en vous promettant du bonheur ou un réconfort de la part du Seigneur. Roi, il l’a été aussi.
Non pas un roi qui régit un royaume humain qui pourrait être parfois dictateur ou profiteur.
Non, un roi d’amour pour toutes les personnes qui étaient dans le royaume de son cœur.
En prenant soin de tous.
Un roi juste et bon ne cherchant que ce qui était le meilleur pour chacun.

Récemment, lors d’une formation, l’orateur nous expliquait que tous les événements de notre vie, traversaient une spirale.
Sur la ligne de notre vie, Yves est un point d’encrage.
Qu’en nous nous remémorons ce qu’il nous a dit lors de nos échanges, nous allons vers le passé et cela nous permet de nous fortifier de cette parole pour nous construire dans notre avenir.
Et au fur et à mesure que nous avançons, nous puisons au plus profond de nous pour aller chercher d’autres éléments de notre vécu qui nous poussent à continuer notre chemin.

Du coup, on peut s’étonner, se révolter quand un être qui nous est cher nous quitte toujours trop tôt.
On peut même être tenté de récriminer contre le Seigneur.
Le pauvre, il n’y est pour rien.
Dieu a créé la vie, le ciel, la terre, les nuits, les jours, les saisons, les animaux, les plantes, les êtres humains.
Tout ce qui est beau et bon.

Mais, souvent, on accuse, dans notre désarroi, le Seigneur de nous enlever la vie.
Yves, lui, ne s’est jamais révolté contre Dieu, il a continué à le prier.
Il a aussi beaucoup prié la Sainte Vierge qu’il aimait tant.
Il affectionnait particulièrement ce jour du 8 décembre où l’Église fête l’immaculée Conception de la Vierge Marie.
Oui, Yves a tout le temps prié.
Dans ces derniers temps pour sa guérison, puis, petit à petit, pour la paix de son âme et de son esprit, pour témoigner de sa foi et enfin pour porter tous les siens dans l’espérance.
Les derniers jours, Yves ne pouvait plus parler, mais dans son attitude paisible, on pouvait deviner ses pensées : « Seigneur, je remets mon esprit entre tes mains ».

Au début de la vie, l’embryon est bien au chaud dans le ventre de sa maman.
Pas de soucis, pas d’angoisses, pas de projets d’avenir.
La naissance est douloureuse pour cet enfant.
Il faut qu’il passe par un étroit passage, qu’il ouvre se poumons pour respirer, qu’il force par la succion pour se nourrir…
Et aussi paradoxalement que cela puisse paraître, cela rempli de joie ses parents.
Petit frère, ma foi que je partage avec toi, me pousse à dire à tous ceux qui t’aiment que tu viens de naître à la vie éternelle.
Tes proches ne peuvent pas le ressentir maintenant, on sait que l’accouchement est aussi douloureux pour les parents, surtout pour la maman, mais toutes les paroles que tu as dites, toutes les prières que tu as faites, tous les petits gestes du quotidien que tu as réalisés, les ont fortifiés pour les aider à vivre cette nouvelle naissance sans toi.

Dans le texte d’évangile que nous avons écouté [1], Jésus, après avoir guéri toutes sortes de blessures physiques ou morales fut saisi de compassion pour tous ces gens qui étaient là depuis trois jours et n’avaient plus rien à manger.
Alors après avoir prié sur ce qu’il avait sous la main, sept pains et quelques petits poissons, les disciples ont pu nourrir les foules et il en est resté sept corbeilles pleines.
Yves, tu es un des petits pains que Jésus a bénis et distribués à la foule.
Et de ce que vous avez construit avec Anne, avec la grâce de Dieu, il reste vos enfants, ces sept corbeilles remplies des dons de l’Amour.

Dans nos échanges que nous aurons avec vous, Anne et les enfants, nous allons parfois être maladroits dans nos paroles, dans nos attitudes.
Ne nous en voulez pas, c’est parce que nous sommes démunis.
Et nous tous ici rassemblés pour les entourer, faisons attention aux mots que nous dirons, à nos gestes que nous aurons.
Portons-les vers la vie sans leur remettre en mémoire le chagrin qu’ils ont au fond du cœur.
Tâche difficile et délicate lorsque parfois les mots nous manquent. Saint Paul, dans la première lecture [2] que nous avons écouté, nous dit : « Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire. ».
Faisons notre cette parole.

Nous tous ici rassemblés, prenons un petit temps de silence pour porter dans notre prière, dans nos pensées cette famille éprouvée.

Et toi Yves, d’auprès du Père, je compte sur toi pour prier pour tous les tiens afin qu’ils restent, à ton exemple, dans la paix de Dieu.

[1Évangile, St Mathieu ‘Mt 15, 29-37 - https://www.prionseneglise.fr/textes-du-jour/evangile/2012-12-05

[2Lettre de St Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 4, 13-18) - https://www.prionseneglise.fr/textes-du-jour/lecture/2017-09-04#

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