L’Homélie de la messe du 5 juillet 2020 à Clichy - Le Jour du Seigneur - Enregistrer au format PDF

Mardi 7 juillet 2020

Nous avons tous le désir de devenir grand, toujours plus grand que nous ne sommes. Quand on passe de la petite à la moyenne section de maternelle, quand on réussit un examen ou même un concours d’une grande école, quand on obtient une promotion au travail ou on gagne une élection. Mais, nous tous, qui espérons-nous devenir vraiment ? Qui a la première place dans nos projets ?

Jésus met au centre de notre vie le Père, Seigneur du Ciel et de la terre dont on proclame les louanges. Étonnamment ce Dieu Père ne cherche pas d’abord la compagnie des détenteurs officiels de la sagesse et du savoir, on dirait aujourd’hui des membres des comités scientifiques et des cercles du pouvoir. Le Tout-Puissant préfère se révéler aux tout-petits.

En commentant cet évangile, St Augustin nous pose une question : « Veux-tu comprendre la grandeur de Dieu ? Essaie d’abord de saisir son humilité. Ose te faire humble, dans ton propre intérêt, puisque Dieu pour toi, oui pour toi, a voulu se faire humble ».

On ne craint plus Dieu pour ce qu’il pourrait faire contre nous. On découvre que Dieu a voulu de lui-même s’abaisser, se montrer humble, pour témoigner de son amour. L’humilité de Dieu n’est pas feinte, elle prouve son immense générosité.

Cette bonté du Seigneur ne cesse de nous être prodiguée, même quand nous avons du mal à la percevoir au temps de l’épreuve. Dieu vient alléger le poids du fardeau que nous portons. Fardeau de chaque jour, poids de la souffrance, de la maladie, de la séparation, de l’angoisse. Et ces derniers mois, pour beaucoup ce fardeau a été lourd.

Pour saisir la façon dont Dieu peut agir dans nos vies, regardons la figure lumineuse de saint Vincent de Paul, ce saint fort honoré qui a été un des prédécesseurs du P. Thomas, votre curé ici à Clichy.

Pour en parler, je vous dois une confidence. Dans mon enfance, mes parents avaient coutume de transmettre à mes frères et sœurs et à moi des bandes dessinées de vie de saints. Celle de Vincent de Paul, mon saint patron, suscita bien sûr mon intérêt. Et sur ces planches colorées mon regard d’enfant fut attiré par le parcours de cet apôtre de la charité.

Il était né fils de paysan et avait pour ambition de ne pas le rester. Sa vocation sacerdotale pouvait laisser entrevoir un désir d’ascension sociale. Etudiant brillant, pasteur dans l’âme, pédagogue reconnu, il avait quitté sa ferme natale et se trouvait près des grands de ce monde, les Prince de Gondi, si proches du roi et de la cour. Le parcours semblait prometteur et faisait rêver l’enfant que j’étais. Mais ce qui m’attira surtout, ce fut la conversion de St Vincent de Paul, sa rencontre renouvelée avec les pauvres en Picardie puis dans l’Ain. Il aurait pu se contenter de demeurer précepteur des enfants princiers, boire du bon vin et manger des mets capiteux dans les salons, mais le Seigneur l’a confronté à ce qu’il n’aurait jamais dû oublier. Sur sa modeste extraction paysanne, il porta un regard non plus de commisération mais de charité, d’amour parfait. L’ambitieux abbé qui voulait devenir grand s’est transformé en humble apôtre des plus pauvres. Cela ne l’a pas empêché d’être reçu par les puissants, les gouvernants, le roi lui-même mais St Vincent de Paul a désormais tourné son regard vers les humbles, les réprouvés, les nécessiteux.

Il a trouvé ainsi le plein épanouissement de sa vocation chrétienne. Sans plus chercher une grandeur personnelle et égoïste, il est allé comme le Christ auprès de ceux qui avaient besoin de son appui, de sa présence. Pour l’aider, Vincent de Paul a suscité des disciples : prêtres de la Mission (Lazaristes) et Filles de la Charité. Son influence spirituelle demeure si grande qu’au fil des siècles, Monsieur Vincent a inspiré Frédéric Ozanam et Emmanuel Bailly pour fonder les conférences St Vincent de Paul. Ils sont désormais des centaines de milliers à s’inspirer de lui. Lors de la crise récemment traversée, de nouveaux bénévoles ont rejoint les anciens pour aller au secours des sans-logis encore plus esseulés dans des rues désertées par le confinement. Ils ont été attentifs aux étudiants appauvris par la perte de leur emploi temporaire, aux familles fragilisées par l’arrêt d’activités économiques. Avec vous, j’ai admiré leur attitude désintéressée quand ils visitaient des personnes âgées, isolées ou en deuil. Loin des discours tonitruants, leur message a atteint l’éloquence de la charité. En nous comme en eux, a émergé le désir de servir et de porter secours au plus faibles et pauvres. Notre société a besoin de panser ses plaies et de veiller sur tous les blessés de la vie.

Nous ne sommes pas tous des saints, mais ici dans notre assemblée comme parmi les téléspectateurs, il y a ou il y aura bientôt de vrais apôtres, des fils et des filles de la charité, témoins du Christ.

En imitant l’humilité de Dieu, comme Vincent de Paul, nous ne renonçons pas à tout projet ambitieux, mais Dieu nous fait grandir et croître en humanité.

Références bibliques : Za 9, 9-10 ; Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30

Prédicateur : P. Vincent Cabanac
Paroisse : Eglise Saint-Vincent-de-Paul
Ville : Clichy