La quête Enregistrer au format PDF

Lundi 8 avril 2019 — Dernier ajout jeudi 4 avril 2019

Des corbeilles qui circulent dans l’assemblée, le bruit des pièces que l’on sort de son porte-monnaie ou le téléphone que l’on ouvre et dont une application permet de verser une participation [1].

Tout cela peut agacer, distraire de ce qui se passe dans la liturgie, surtout lorsque la quête se prolonge pendant une partie de la prière eucharistique. Beaucoup comprennent mal, et nous pouvons être de ceux-là, que l’on mélange l’argent à la messe, cet argent contre lequel Jésus met en garde, disant qu’il est incompatible avec Dieu. La messe serait-elle un commerce.

D’où vient la quête ?

Nous en trouvons les premières traces dans une grande quête que fit Saint Paul à travers les communautés chrétiennes naissantes d’Asie Mineure, pour venir en aide à la communauté de Jérusalem - (Rm 15, 25-26). Ce fut pour Paul un souci constant et grave, reprenant et prolongeant, sous une forme nouvelle, la mise en commun que rapporte Luc dans les actes des Apôtres. (Actes 5, 32)
Un peu plus tard, vers l’an 150, Saint Justin témoigne aussi de ce partage dans son « Apologie » : « Ceux qui sont dans l’abondance et le veulent bien donnent chacun ce qui lui plaît, et ce qui est réuni est déposé près du président, et il assiste les orphelins et les veuves …il s’occupe de secourir tous ceux qui sont dans le besoin » (1e Apologie 67). C’est donc une sorte de quête qui se fait, comme du temps de saint Paul et de nos jours, à l’occasion de la messe du dimanche.

Le sens de la quête

Le premier sens de la quête est d’être un partage fraternel, directement inspiré par l’amour qui vient du Christ, dont l’eucharistie est le sacrement. D’abord et avant tout, la quête est destinée à ceux qui, dans la paroisse, le quartier, la ville ou le diocèse, ou même plus loin, ont besoin d’aide. Ainsi, elle peut être affectée à la formation des prêtres, diacres et laïcs ; à un projet de solidarité missionnaire ; à des travaux nécessaires, etc … Cette aide peut déjà exister sous d’autres formes (services dans la paroisse, encadrement d’un mouvement, visites aux malades etc, …) mais l’aide financière proposée par la quête prend une autre dimension parce qu’elle est liée à la célébration elle-même.

L'Obole de la veuve, 1840 François Joseph Navez 1787 1869
L’Obole de la veuve, 1840 François Joseph Navez 1787 1869

La présentation des dons

La quête est située au moment où l’assemblée offre à Dieu le pain et le vin. Ce n’est sans doute pas un hasard. Avant que le prêtre ne fasse cette offrande, les dons sont apportés à l’autel, normalement, par les fidèles. Une procession s’organise alors, parfois depuis le fond de l’église, parfois depuis une crédence située dans le chœur. Une procession très déployée n’est pas toujours nécessaire, mais il est indispensable que le geste d’apport des dons soit visible. En effet, c’est toute l’assemblée qui est concernée, et pas le prêtre seul, par le mystère d’échange entre Dieu et les hommes : l’homme apporte à Dieu les dons venus de lui, fruits de la terre et de son travail, pour en recevoir, dans le partage du pain venu de l’autel, ces mêmes dons divinisés, c’est-à-dire devenu le Corps et le Sang du Christ, notre Seigneur. On remarquera que la quête, même si elle est apportée avec le pain et le vin, n’est jamais posée sur l’autel. Elle n’est pas du même ordre. Le pain et le vin ont pour but de nourrir notre relation au Christ et notre vie spirituelle ; la quête vise à répondre aux besoins matériels de la communauté et des plus pauvres. Pourtant un lien existe entre les deux. Il se trouve dans le sens profond de la procession des offrandes. Lorsque cette procession traverse l’assemblée, elle donne à chacun le temps de déposer, avec le pain et le vin sa vie, ses bonheurs et ses soucis, et de les offrir à Dieu. La quête entre dans la même démarche. L’argent déposé dans la corbeille dit quelque chose de nos vies, de notre travail. Il est don gratuit fait à Dieu pour le partage avec la communauté et les plus pauvres. Comment venir recevoir le don de Dieu dans l’Eucharistie, les mains vides alors que Lui nous donne tout ? Il ne nous impose rien mais il attend notre don, notre partage avec les autres pour que sa générosité se révèle dans nos humbles et pauvres dons. Même si nos offrandes sont une aide aux pauvres ou un geste de solidarité envers l’Eglise, il faut sans cesse se rappeler que, comme l’obole de la veuve que Jésus a louée (Mc 12, 44), notre offrande est faite d’abord à Dieu. Dans le frère que je sers par mon argent, c’est le Christ que je sers. Dans l’argent que je donne, c’est moi que j’offre. Ce n’est donc pas le montant versé qui compte, mais l’intention qu’on y met.
La quête n’est donc pas ce moment creux de la messe où l’on entend dans l’assemblée une sorte de brouhaha mêlé au bruit des pièces qu’on cherche. Elle est un acte réellement eucharistique, un partage fraternel qui contribue à la vérité du mystère d’amour et d’unité que l’on vient célébrer ensemble.

[1Téléchargez sur votre téléphone : https://www.appli-laquete.fr/