Le beau et la liturgie. Enregistrer au format PDF

Lundi 21 janvier 2019 — Dernier ajout jeudi 17 janvier 2019

« Quelle belle célébration » !

Il nous arrive de le dire ou de l’entendre. L’expression est spontanée et sincère mais elle porte une part d’ambiguïté. Souvent on confond beau et émouvant, et ce qui semble beau à l’un peut laisser l’autre de marbre, voire le repousser. La notion de Beau, appliquée à la liturgie comme à la vie spirituelle, est un concept délicat à manier. Cela exige un jugement de l’ordre de la foi, de la rencontre de Dieu. Comment alors savoir qu’une liturgie est belle ?

La liturgie a pour but de faire cheminer les fidèles à la rencontre du Seigneur, l’acteur invisible qui transforme leur cœur, les fait progresser dans la foi, révèle son mystère. Une liturgie sera belle si elle permet aux rites de se déployer, de conduire les fidèles à la rencontre de Celui qui les nourrit de sa Parole et de son Pain, de leur faire vivre une expérience spirituelle, où l’Esprit Saint les mène sur les chemins de la conversion. Ici, la beauté équivaut à la vérité du rite que rien n’entrave, à la justesse de sa mise en œuvre. C’est cela « la noble simplicité » dont parle le Concile Vatican II. Bricoler les rites pour les mettre à notre niveau de compréhension ne peut qu’altérer leur efficacité et les empêcher de nous ouvrir à une beauté intérieure, la beauté même de Dieu.

L’action liturgique est belle, non pas si elle est somptueuse ou bien réussie, mais si elle débouche sur la contemplation et le silence, là où Dieu parle au cœur. Dans la liturgie, la beauté des lieux, des ornements, de la musique et des chants n’a pas pour but d’attirer le client mais d’être un vrai chemin vers Dieu. La beauté de nos célébrations n’est ni dans la richesse, l’abondance ou le luxe ; elle n’est pas davantage dans des formes de pauvreté systématique. Dans les deux cas, nous ne récoltons qu’ennui, platitude et médiocrité. Bien faite, même avec des moyens modestes, bien ajustée à l’intention de l’Église, la liturgie sera belle de cette beauté qui ouvre à l’inouï de Dieu.

Cette beauté se mesure aussi à la vérité et à l’authenticité de la prière. Dans les mêmes mots priés ou chantés, dans les mêmes attitudes posées ou les mêmes gestes, se construit, une communion des cœurs. Quand les mots du Notre Père, le chant d’entrée, le geste de paix, la démarche de communion sont vraiment habités, posés avec justesse, les cœurs sont touchés et la liturgie est belle.

Une liturgie sera donc belle quand elle servira la rencontre de l’assemblée avec le Seigneur.

Une belle église sera celle qui sait accueillir, proposer le silence, amener à la prière ; une église ouverte, propre, ordonnée, qui dira, à travers son aménagement, la grandeur et l’humanité de Dieu. Ce sera la communauté qui donnera à son assemblée une bonne écoute de la Parole, des chants connus, un juste déploiement des rites, etc… Ce sont aussi les objets, les ornements, les fleurs, des lectures et des prières intériorisées qui disent la présence de Dieu.

En liturgie, la beauté est l’art de la justesse, l’art de l’ajustement des actions entre elles. Ainsi, un chant d’entrée sera beau s’il permet à l’assemblée de chanter d’un seul cœur et de s’ouvrir au mystère célébré. Une parole, un geste beau seront beaux s’ils introduisent à la prière. La beauté d’une célébration n’est pas d’abord esthétique. Elle tient à l’ajustement de chaque action à l’intention de l’Église : conduire l’assemblée à la rencontre de son Seigneur.