« Le partage guide ma vie de baptisé » Enregistrer au format PDF

Lundi 18 février 2019 — Dernier ajout mardi 5 mars 2019

Pierre-Yves Kerriou est cogérant de l’imprimerie Guivarch à Plérin. Dans notre série « Comment vivre son baptême au quotidien ? » , il nous explique comment il mène de front sa vie professionnelle et sa vie familiale.

Pierre-Yves peux-tu te présenter ?

J’ai 47 ans, je suis marié à Véronique, nous avons 3 enfants et nous habitons Plérin. Je suis d’origine finistérienne.

Après mes études, j’ai intégré le Crédit Agricole à divers postes dans les Côtes d’Armor, de 1996 à 2010. En 2010, j’ai accédé au poste de directeur financier chez Cléor, une entreprise d’Evreux. Ce poste m’obligeait à m’absenter toute la semaine, ce qui compliquait la vie familiale. J’ai souhaité revenir à Plérin pour être plus proche de ma famille. _ En 2013, j’ai repris l’entreprise d’imprimerie Guivarch à Plérin, en association avec Sylvie Le Cam.
Au niveau associatif, j’ai été président de l’Ogec (Organisme de gestion) de l’école Jean Leuduger de St Laurent de 2006 à 2017. Je donne également du temps à la formation Côtes d’Armor Marie Morin, formation cycliste qui aide les jeunes coureurs à devenir professionnels, ainsi qu’à la plateforme Initiative Armor.

Qu’est ce qui te guide dans ta vie de baptisé ?

C’est la notion de partage. Les échanges avec les autres nourrissent mes réflexions. Je suis convaincu que plus on donne, plus on reçoit. Si vous allez vers les autres, ils viendront vers vous.
Dans mes précédentes fonctions à la banque, j’ai toujours aimé animer des formations pour partager des connaissances mais aussi pour recevoir les questions auxquelles je n’avais pas pensé. Cela me permettait d’avancer personnellement.
S’investir dans les associations m’apporte de la joie et du plaisir. Elles ont des difficultés pour mobiliser les bénévoles car beaucoup de personnes sont tournées vers elles-mêmes. En tant que parent, au niveau de l’école, j’ai souvent répété qu’il suffisait d’avoir envie pour s’engager. Chacun a des compétences et sait faire quelque chose. Les idées des uns et des autres enrichissent la discussion et font avancer.
Mes enfants étant maintenant en collège, j’ai quitté l’Ogec de l’école Jean Leuduger. Dans cet Ogec, nous avions une vraie discussion au sein du Conseil pour savoir quelles dépenses privilégier et ainsi éviter une hausse des cotisations des familles.

Dans l’entreprise, comment mets-tu en pratique ces valeurs ?

Dans l’entreprise, l’objectif est de faire avancer tous les collaborateurs en partant de leurs qualités premières pour qu’ils en acquièrent d’autres. Chacun doit se sentir bien au travail afin de s’épanouir professionnellement et personnellement. En effet, le bien-être au travail entraîne souvent un épanouissement personnel. Il faut être capable de se parler, de se dire les choses comme elles sont.
L’entreprise compte 20 personnes. Elle doit être la plus performante possible pour être encore présente, demain, dans 10 ans, dans 20 ans. En France, une imprimerie ferme toutes les semaines. A Saint Brieuc, il y avait 15 imprimeries il y a 20 ans, il en reste deux. Si nous sommes performants, nous serons encore présents demain.
Face aux salariés, la démarche consiste à se demander de quoi avons nous besoin pour être plus performants. Cela peut aller d’une simple caisse à outils supplémentaire pour éviter d’aller chercher des outils à l’autre bout de l’usine jusqu’à la machine neuve d’1 million d’euros qui apporte une nouvelle technologie.

Concrètement, quelles actions ont été mises en place ?

Nous avons, par exemple, mis en place un contrat d’intéressement avec deux volets, le recyclage du papier et la réduction des malfaçons.
Sur le premier volet, nous consommons 450 t de papier par an. En 2014, nous avions 150 tonnes de papier à recycler soit un tiers. Ce papier recyclé est revendu à un prix inférieur de 90 à 95 % au prix d’achat. Il est donc important de réduire le taux de recyclage. Aujourd’hui, ce taux a baissé de 33 % à moins de 30 %. Nous approchons les 28 %, ce qui a permis, grâce aux efforts de tous, d’octroyer à chacun une prime d’intéressement. C’est à la fois bien pour la planète, pour l’entreprise et pour le salarié. Nous continuerons à progresser sur ce point.
Dans le second volet, nous essayons de réduire les malfaçons. Si on peut gagner 10 000 € sur ce poste, la somme sera partagée entre les salariés. C’est un facteur important de motivation car au delà de la perte de temps et d’argent, c’est la satisfaction du client qui est en jeu. Nous devons lui apporter un produit bien fini sans avoir à reprendre le travail. Nous ne sommes pas dans un marché en croissance, il nous faut conserver nos clients. Soyons donc vigilant sur la qualité. Du devis jusqu’à la livraison, en passant par la mise en page, la fabrication, le façonnage, toute la chaîne de l’imprimerie est concernée et donc tous les salariés. Il faut préserver l’emploi. L’avenir est entre nos mains.
Au niveau de la gouvernance, nous avons encore des efforts à faire pour faire remonter les idées de la base et former une équipe dynamique et soudée. La réactivité face à la demande est notre force dans un contexte de concurrence européenne, où le coût du travail est plus faible.

Cette démarche peut-elle s’appliquer à l’Eglise ?

Dans l’Eglise, nous avons un déficit important de prêtres, un manque évident de bénévoles, les budgets sont difficile à tenir … Ma conviction, c’est que l’on manque de vision à long terme. Face au contexte actuel, plusieurs chemins sont possibles. On ne dit pas clairement quel chemin on va prendre. Quelle église veut-on demain ? Sommes-nous force de proposition avec une vision à long terme ?
Financièrement, on va chercher de l’argent sans avoir réellement réfléchi à ce dont on a réellement besoin …
C’est aussi la problématique actuelle de l’Etat. Plutôt que de dépenser moins, on prélève davantage d’impôt pour augmenter les recettes. Et on communique peu ou mal sur la redistribution de l’argent prélevé.

Comment vis-tu ta vie de baptisé au niveau familial ?

En plus de la valeur travail, nous essayons d’inculquer à nos enfants la volonté d’échanger, d’aller vers les autres. Dans le contexte actuel, il est important de comprendre la différence, de ne pas rester dans l’entre-soi, mais d’être dans le vivre ensemble. Nous sommes tous différents les uns des autres, nous pouvons le considérer comme une richesse à condition de partager nos valeurs.
Concilier vie professionnelle et vie familiale n’est pas facile dans le contexte d’aujourd’hui. J’ai besoin d’avoir l’impression de faire quelque chose pour les autres, pour le bien commun. Cela prend du temps, parfois au détriment de la vie de famille. Par contre, à chaque fois qu’est organisée une réunion familiale, je m’efforce d’y participer. Sinon, on finira par se retrouver uniquement aux mariages et aux enterrements.

Tu accompagnes également les nouveaux entrepreneurs ?

Je suis membre de la plateforme Initiative Armor qui accompagne les créateurs et les repreneurs d’entreprise. Cela consiste à valider économiquement le projet et surtout à aider la personne à réaliser le projet financièrement et techniquement. Je suis ainsi parrain de l’entreprise d’Assad, restaurateur libanais qui a repris une affaire à Lamballe il y a 3-4 ans. Je l’accompagne dans ses choix, je le rassure sur le fonctionnement de son entreprise. Dans cette démarche, je partage mes connaissances et mes compétences.

De manière plus générale, comment analyses-tu le fonctionnement actuel de la société ?

Le vivre ensemble est un vrai problème. On vit chacun pour soi. Tout le monde peut constater que les associations manquent de bras. Chacun demeure égoïstement dans son coin, sans avoir envie de s’engager. Il faut changer cela. Nous pouvons tous faire quelque chose, des petites actions concrètes. Chacun devrait se pose la question « que puis-je faire à mon niveau ? » … Comment peut-on se retrouver autour de projets simples, multiplier les contacts entre nous, tous les jours ?