Le respect de la Création par la démarche « Église verte » Enregistrer au format PDF

Lundi 9 novembre 2020 — Dernier ajout vendredi 27 novembre 2020

Des groupes de chrétiens ont voulu aller au-delà d’une simple lecture de l’Encyclique Laudato Si et mettre en pratique leurs convictions. Elise Barreaud et Philippe Giron témoignent de la démarche « Église verte » engagée au sein de la paroisse Bonne Nouvelle de Lannion.

Elise Barreaud et Philippe Giron

Qu’entend-t-on par Eglise verte ?

Il s’agit d’un Label créé par le Conseil des Evêques de France, la Fédération Protestante, l’Église orthodoxe et divers partenaires comme le CCFD, le Secours Catholique. Ce label s’adresse aux communautés chrétiennes (paroisses, mouvements, monastères, établissements chrétiens) qui veulent s’engager pour le soin à la Création, à la planète.
Nous croyons que Dieu se révèle par son œuvre et qu’il l’a confiée aux hommes qui doivent la cultiver et la garder. La vie sur terre est une bénédiction et montre l’amour de Dieu. Agir pour la préserver est une façon d’aimer son prochain et d’agir pour la justice. La crise écologique nous engage à entendre le cri de la terre et à choisir des modes de vie qui préparent l’émergence d’une création nouvelle maintenant et au-delà. Nous avons conscience que c’est en nous convertissant ensemble que nous arriverons à bâtir ce monde plus juste et écologique nécessaire à la survie de l’humanité.

Ce label demande-t-il une démarche longue, compliquée ?

Non, il faut d’abord s’inscrire à l’organisme référent national pour être labellisé. La première démarche consiste à remplir un questionnaire d’éco-diagnostic (autour de 80 questions) sur cinq thèmes : les célébrations et la catéchèse, les bâtiments, le terrain, l’engagement local et global et enfin les modes de vie. L’analyse de ce questionnaire au niveau national permet de situer le niveau auquel se trouve la communauté (voir les exemples de questions et 6 niveaux en hors-texte).

Puis chaque année, ce questionnaire est à nouveau rempli, ce qui permet de voir les points qui ont progressé et de resituer le niveau de la communauté. Ce n’est surtout pas une course à la performance pour améliorer son classement. Cet outil pédagogique permet une véritable conversion écologique et rend plus visible les efforts des acteurs chrétiens. Chaque paroisse trouve ainsi, à son propre rythme, son parcours de conversion, par une amélioration continue de ses pratiques.

Quels ont été le déclic, la motivation qui vous ont poussés à vous engager ?

On y avait tous plus ou moins pensé, à titre personnel, chacun selon ses propres convictions. L’idée a été lancée en EAP puis un groupe s’est mis en place, en 2018, dans la paroisse Bonne Nouvelle de Lannion, sous la responsabilité d’Élise. Nous sommes maintenant 5 personnes provenant d’horizons différents et nous essayons de fédérer d’autres paroissiens en fonction des actions que nous lançons. Nous avons actuellement atteint le deuxième niveau « lys des champs ».

Comment avez-vous démarré ?

Nous n’avons pas ciblé des actions précises au départ, nous avons agi dans toutes les directions. Parfois les choses sont compliquées et des résistances apparaissent, il faut changer certaines vieilles habitudes qui ont toujours existé.
C’est par exemple le cas de la kermesse paroissiale. Nous avons voulu revoir, pour la pêche à la ligne, la pratique d’achat de petits lots en plastique (importés de l’étranger et parfois fabriqués dans des conditions indignes) car nous la considérons comme contraire au respect des droits humains. Nous avons voulu revoir la pratique d’achat de denrées alimentaires en grande surface pour privilégier les acteurs locaux. Ces messages n’ont pas été compris par certains et parfois mal perçus car nous allions contre les habitudes.

D’autres actions se sont mieux déroulées ?

Oui, des messages assez forts ont été transmis dans les homélies lors des célébrations. Des actions ont été engagées au niveau de la catéchèse. Nous avons travaillé sur les modes de vie, les habitudes de consommation avec pour objectif de consommer « local » en achetant chez des producteurs que nous connaissons. Nous avons organisé, fin juin, une marche de prière vers l’Île Renote avec des lectures de textes, des méditations … Plus de 120 personnes y ont participé.
Au sein de la paroisse, plus de déplacements se font maintenant en covoiturage. Dans le bulletin paroissial, nous avons tous les mois une page qui donne des conseils pratiques, des recettes pour mieux consommer.
Localement, à Lannion, nous avons pris part à la manifestation de soutien aux salariés de Nokia qui vont perdre leur emploi, avec des pancartes Laudato ‘Si. Nous avons réussi à déplacer des personnes qui n’avaient jamais manifesté.

Comment ont réagi les paroissiens ?

La prise de conscience de la nécessité de préserver la planète est progressive. Il n’y a pas eu de levée de boucliers. Il reste encore des résistances liées aux habitudes anciennes et à la routine. Ce mois-ci, nous réaliserons l’éco-diagnostic pour la troisième année. Nous invitons les paroissiens à nous accompagner dans cette réalisation.

Quel bilan aujourd’hui ?

« Cent fois sur le métier, il faut remettre l’ouvrage ». La sensibilisation à l’écologie prend du temps. Et la mise en place d’actions concrètes encore davantage. Nous avons maintenant un outil d’écologie intégrale. Utilisons-le pleinement dans la paroisse pour se mettre dans les pas du pape François et de Laudato Si.
Le nouveau projet de catéchèse à destination des collégiens va proposer très bientôt des ateliers autour de l’écologie et de la solidarité. Si les jeunes en expriment le souhait, nous entrerons avec eux dans la démarche « Pollen », le label d’Église verte adapté à leur âge. Globalement, le bilan est largement positif. Depuis deux ans, nous avons ouvert beaucoup de portes sur des thèmes liés à l’écologie. Il faudra accepter d’en refermer certaines notamment quand nous n’avons pas l’expertise. C’est, par exemple, le cas de l’énergie dans les bâtiments. Un thème qui mérite qu’on s’y intéresse mais qui nécessite beaucoup de connaissances. A l’avenir, nous devrons cibler davantage nos thèmes et agir sur des objectifs atteignables, en procédant par étapes.

Avez-vous eu des demandes d’infos ou d’aide de la part d’autres communautés ?

Jusqu’à présent, chaque communauté a travaillé seule. Nous avons eu des demandes d’information des paroisses de Perros-Guirec, de Plestin-les-Grèves et de Corlay, de la radio RCF-Côtes d’Armor, de la communauté des Filles du St Esprit, du conseil missionnaire diocésain.

Cette démarche en paroisse a-t-elle modifié votre comportement à titre personnel ?

Elise : J’avais déjà des convictions personnelles sur ces sujets liés à l’écologie. La démarche m’a permis de les raccrocher à la Foi. Il y a une cohérence entre l’écologie et la Foi. Je fais des choses à titre personnel et j’étais tiraillée en tant que chrétienne quand j’observais qu’au niveau de la paroisse, nous avions des pratiques différentes, pas toujours en adéquation avec l’écologie. Philippe : J’étais sensibilisé à l’écologie notamment à certaines pratiques comme le tri, économiser les ressources… La démarche « Eglise Verte » a conforté mes convictions et apporté de la cohérence dans mon vécu quotidien.

Quels messages pouvez-vous adresser à nos lecteurs ?

N’ayez pas peur, engagez-vous dans cette démarche. Chacun, à son niveau, peut y trouver son parcours de conversion vers l’écologie. Les actions engagées ne sont pas des contraintes, elles peuvent être, au contraire, sources de joie et nouvelles manières de vivre ensemble.

Quelques exemples parmi les 80 questions de l’éco-diagnostic
  • La célébration de certains dimanches est-elle particulièrement dédiée au respect de la Création ?
  • Le thème de la Création est-il abordé dans les homélies, la catéchèse, l’animation jeunesse ?
  • La communauté a-t-elle mis en place un suivi des consommations d’énergie, des moyens pour les réduire ?
  • Réduisons-nous notre consommation de papier, là où c’est possible ? utilisons-nous du papier recyclé ?
  • Les déchets biodégradables sont-ils compostés ?
  • Notre communauté organise-t-elle des événements permettant à des citoyens de parler d’écologie avec des responsables politiques ou associatifs ?
  • Notre communauté organise-t-elle ou soutient-elle le covoiturage, l’autopartage ?
  • Les membres de la communauté sont-ils incités à s’interroger sur leur empreinte écologique personnelle ?
  • Notre communauté encourage-t-elle ses membres à utiliser des aliments de production locale, biologique, respectueuse des animaux et issus du commerce équitable ?

L’éco-diagnostic permet de progresser selon plusieurs niveaux :

- 1- Niveau de label en cours de validation
- 2- Graine de sénevé
- 3- Lys des champs
- 4- Cep de vigne
- 5- Figuier
- 6- Cèdre du Liban

Voir en ligne : Église verte