Méditation du Jeudi Saint Enregistrer au format PDF

Homélie du Jeudi 9 avril 2020
Jeudi 9 avril 2020

Nous, prêtres, rédigeons nos homélies pour qu’elles soient entendues avec les oreilles dans le cadre d’une assemblée de chrétiens et non lues avec les yeux.
Nous ne rédigeons pas une homélie comme nous écrivons un article pour le bulletin paroissial, ce n’est pas le même style !
Mais dans le concret de notre situation de confinement, même si vous suivez la messe à la télé sur You Tube ou sur la page Facebook de notre Communauté pastorale, vous pouvez en complément lire et relire et méditer les homélies que l’abbé Roland (Le Gal), l’abbé Damien (Ayola) ou moi-même vous proposons .
Celle-ci est bien plus longue qu’une homélie habituelle … mais nous avons du temps ! ! !

En ce Jeudi Saint, je ne peux faire abstraction du concret de la situation que nous vivons. Beaucoup d’entre vous nous ont dit leur frustration de ne plus pouvoir communier. Regarder la messe à la télé ou l’écouter à la radio et entendre le célébrant nous dire « heureux les invités au Repas du Seigneur » sans pouvoir communier, c’est un peu comme être invité à un repas en simple spectateur plein d’appétit sans pouvoir manger le plat principal.
Nous pouvons nous nourrir de la Parole de Dieu mais pas du Corps du Christ.

En ce Jeudi Saint, vivons ce jeûne eucharistique forcé comme une invitation à mieux comprendre la place de l’Eucharistie dans notre vie intérieure personnelle.

Curieusement, l’Évangile de ce jour ne nous parle pas de l’institution de l’Eucharistie mais du lavement des pieds, nous y reviendrons plus loin. C’est par la 2e lecture, sous la plume de St Paul écrivant aux chrétiens de Corinthe, que l’institution de l’Eucharistie nous est rappelée. _ Ce texte a été écrit avant que les Évangiles ne soient rédigés. Paul écrit 25 à 30 ans après ces geste de Jésus, d’après ce qu’il a reçu de la jeune communauté à Antioche, elle-même enseignée à partir des premiers témoins de la communauté apostolique de Jérusalem.
La catéchèse, au premier siècle comme aujourd’hui est dans cette transmission de ce que nous avons reçu.

Pour cette méditation du Jeudi Saint, je me suis arrêté sur quelques mots ou expressions de notre 2e lecture.

Alliance

Le pain, fruit de la terre et du travail des hommes, et le vin fruit de la vigne et du travail des hommes, étaient déjà utilisés dans la liturgie juive en signe d’offrande à Dieu, en signe de la reconnaissance de l’alliance entre Dieu et son peuple.
Jésus n’invente pas une liturgie nouvelle en utilisant le pain et le vin mais il donne un nouveau sens à cette liturgie de l’offrande qui devient " signe de l’Alliance Nouvelle et éternelle ", qui sera signe de l’Alliance nouvelle et éternelle versée pour nous et pour la multitude en rémission des péchés.

Comme dans certains miracles, il y a peu de paroles ; le récit de l’institution de l’Eucharistie, dans notre 2e lecture comme dans les évangiles synoptiques, est bref mais, bien compris, il renverse une situation bien établie depuis la création du monde : c’est une Alliance nouvelle et éternelle.
Des alliances, il y en avait eu déjà plusieurs : l’arc en ciel à la fin du déluge (Gen 9, 12-17, puis la circoncision (Gen 17, 9-14), puis le Décalogue (Ex 19 et 20) puis l’alliance dans un cœur non plus de pierre mais de chair (Jer 31, 31-33 ). La condition et la conséquence de ces alliances pouvaient se résumer en
« Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple »
A travers l’institution de l’Eucharistie, la conséquence c’est une alliance nouvelle et éternelle.
Il n’y en a pas eu d’autres et il n’y en aura pas d’autres. La conséquence et conclusion de cette alliance peut se résumer en « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

Ceci est mon corps, ceci est mon sang

Comment est-ce possible ???? " Il est grand le mystère de la Foi " dit le prêtre à la fin de la consécration.
Sous le microscope du scientifique, rien n’a changé dans la composition organique de l’hostie et du vin.
Ce qui en fait des « espèces sacrées » c’est que désormais elles sont réellement habitées par la présence du Christ. On parle de la « Présence réelle ».
Une image peut nous aider à entrer dans ce mystère de la Foi :
Un petit enfant cueille une fleur et la donne à sa maman ou à son papa. Pour une personne extérieure qui voit le parent avec la fleur de l’enfant, le parent ne tient qu’une fleur semblable aux autres encore en terre, mais pour le parent, la fleur est habitée par l’amour de l’enfant.
Çà ne se voit pas sous le microscope du scientifique et pourtant cette fleur n’est plus une simple fleur.
Après les paroles de consécration du prêtre invoquant l’Esprit Saint (« que ce même Esprit Saint, nous t’en prions Seigneur sanctifient ce pain et ce vin, qu’ils deviennent Corps et Sang du Christ »), le pain n’est plus du pain et le vin n’est plus du vin mais çà ne se voit pas, çà ne se sent pas, çà ne se goûte pas.
Oui, il est grand le mystère de la Foi !

Faites ceci en mémoire de moi

Après l’Ascension, le Christ n’est plus physiquement présent auprès de ses disciples mais quand nous lisons les Actes des Apôtres, nous découvrons que la vie des premières communautés chrétiennes était centrée autour de l’enseignement des apôtres et de l’Eucharistie, le premier jour de la semaine.
Notre 2e lecture en est une expression confirmée ; toute l’histoire de l’Église jusqu’à aujourd’hui est centrée sur l’Eucharistie « source et sommet de toute vie chrétienne » rappelait le concile de Vatican II.

« L’Église fait L’Eucharistie, l’Eucharistie fait l’Église », cette formule qui a été remise au goût du jour notamment par le P. de Lubac, est très ancienne. Au IIIe siècle, alors que l’Église est en but à l’hostilité impériale, 50 chrétiens sont arrêtés à la sortie d’une célébration eucharistique à Abilène, près de Carthage. Ils sont mis à la question et parmi eux, le lecteur, Emeritus, sommé de renier l’eucharistie répond à son juge : « Renier l’eucharistie c’est renier le Christ et ne sais-tu pas que des chrétiens ne peuvent pas vivre sans messe ». Dans les mêmes circonstances, le questeur Félix répond : « Comme si un chrétien pouvait vivre sans messe » et encore « ne sais-tu pas Satan que les chrétiens font la messe et que la messe fait les chrétiens, et que l’un ne peut exister sans les autres ». Là est donc l’origine de la formule, très ancienne et vénérable puisque sortie de la bouche d’un martyr avant qu’il ne donne sa vie pour l’eucharistie. [1]

Je suis au régime … forcé !

Etre au régime engendre des manques, des frustrations, mais on n’en meurt pas !
Notre régime prendra fin avec l’arrêt du confinement. Beaucoup d’entre nous avons déjà fait des projets de nous retrouver autour d’un bon repas en famille ou entre amis quand nous aurons liberté de manœuvre.
Creusons en nous ce même désir de nous retrouver pour un repas de fête au cours duquel le Seigneur se donnera lui-même en nourriture pour nous et nous le goûterons avec d’autant plus de plaisir que nous au creusé longtemps ce désir de le recevoir en nous.

Et le lavement des pieds ?

C’est surprenant que St Jean, au moment où il évoque le dernier repas de Jésus, ne rappelle pas l’institution de l’Eucharistie comme le font les synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) mais évoque ce lavement des pieds ignoré des synoptiques.
Au temps de Jésus, c’est l’esclave qui lavait les pieds du maître ou des invités quand ils arrivaient à la maison, la poussière collée aux pieds.

Jésus fait ce geste dans un cadre presque liturgique, détaillé soigneusement par Jean : il se lève de table, prend un linge, le noue à la ceinture, verse l’eau dans un bassin, lave les pieds des disciples et les essuie avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Jésus se fâche presque envers Pierre quand dans un premier temps il refuse ce geste de la part de Jésus.
L’explication de Jésus laisse Pierre sur sa faim : « plus tard, tu comprendras » !
Peut-être les apôtres se sont-ils rappelé les paroles de Jésus quelques mois plus tôt « celui qui veut être le plus grand, qu’il se fasse le serviteur des autres »

Eucharistie et lavement des pieds sont complémentaires et ils ont la même conclusion :
Pour l’Eucharistie : « faites ceci en mémoire de moi »
Pour le lavement des pieds : « c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous. »

Comment vivre ce jeudi Saint cette année ???

Exceptionnellement, nous ne pourrons pas communier au Corps et au Sang du Christ, mais nous pouvons faire aux autres ce que Jésus a fait à ses disciples : faisons-nous servante ou serviteur de quelqu’un spécifiquement dans le cadre de ce Jeudi Saint à travers un message téléphonique, un bouquet de fleur à la porte de notre voisin ou voisine, un geste d’entraide … les médias nous rapportent de multiples petits gestes spontanés, soyons inventifs dans l’esprit du Jeudi Saint

[1article du site « Résurrection »