Patrice Cudennec : « Mes personnages dégagent des émotions » Enregistrer au format PDF

Lundi 4 novembre 2019 — Dernier ajout mardi 5 novembre 2019

Le Festival Cap Fraternité des paroisses Notre Dame de la Mer et d’Étables sur Mer se déroulera du 29 mars au 5 avril 2020.

Le Festival Cap Fraternité des paroisses Notre Dame de la Mer et d’Étables sur Mer se déroulera du 29 mars au 5 avril 2020. Le thème choisi par l’EAP sera « le beau ».
Afin de nous préparer à ce festival, chaque mois nous laisserons la parole à des artistes : musiciens, peintres, sculpteurs …..
Ce mois-ci nous avons rencontré Patrice Cudennec, Plérinais et artiste peintre professionnel.
Patrice Cudenec dans l'atelier à St Laurent de la Mer 2OO8 - (photo Brieuc Cudennec)
Patrice Cudenec dans l’atelier à St Laurent de la Mer 2OO8 - (photo Brieuc Cudennec)

Patrice Cudennec est artiste peintre professionnel. Dans son atelier de Saint Laurent de la mer / Plérin règne une atmosphère de calme et de sérénité. Rencontre avec un artiste aux mille talents.

Comment est né votre goût pour la peinture ?

J’ai démarré il y a 30 ans. C’est arrivé comme ça, je m’intéressais au dessin. J’avais un peu de temps libre, je me suis mis à la photo puis aux aquarelles. Un jour, quelqu’un a vu mes aquarelles et m’a proposé de participer à une exposition. Ce fut le déclic. J’ai vendu rapidement ces œuvres et cela m’a encouragé. Je me suis mis à la peinture à l’huile. Puis tout s’en enchaîné : les contacts avec les galeries, les expositions…. J’ai pu continuer mon métier d’instituteur tout en peignant. C’est devenu mon deuxième métier, ma passion. On m’a proposé d’exposer à Pont Aven, étape importante de mon parcours qui m’a permis de me confronter à d’autres peintres. Il est essentiel d’avoir des contacts avec d’autres confrères et avec le public. En exposant ses œuvres, on s’expose soi-même. A Pont Aven, je pouvais constater que les gens comprenaient ou non ce que j’avais voulu peindre. Je me suis beaucoup intéressé à Pont Aven par des lectures : Sérusier, Gauguin… et j’ai pu croquer des scènes concrètes de la vie quotidienne.

Vous avez un style très personnel. Vos personnages semblent dégager des émotions ?

A 25 ans, je n’imaginais pas être peintre. L’intérêt est venu progressivement et aujourd’hui, je pense tous les jours à la peinture, cette passion ne me quitte pas, du matin au soir. J’ai voulu créer mon propre univers. Dans toutes mes œuvres, aquarelles, sculptures, gravures, bois flottés, il y a une unité. Il s’en dégage une certaine poésie.
Les pêcheurs que je peins ne sont pas des marins-pêcheurs mais plutôt des poètes avec des poissons. Certes, mon inspiration vient souvent de scènes que j’ai pu observer en Bretagne mais pas uniquement. Mes pêcheurs sont universels. Ils dégagent des sentiments : l’amitié de se retrouver entre eux, la joie du retour de pêche, la poésie. Au delà du sujet visible, j’essaie d’exprimer l’émotion qu’il dégage et qui est du domaine de l’invisible. On m’interroge souvent sur le pourquoi des têtes penchées de mes pêcheurs. En fait, il faut avoir une vision globale du tableau et on se rend compte que les têtes penchées rentrent dans un cercle. En quelque sorte, un cercle d’amour et d’amitié. Les yeux mi-clos induisent de l’intériorité, de la douceur. Je ne peins pas les tempêtes ni les grosses vagues. Au retour de la pêche, mes marins ne sont pas tristes mais heureux. Les quelques vagues qui figurent dans mes tableaux sont douces et bienveillantes.

Vos tableaux sont très colorés. Comment s’effectue le choix des couleurs ?

Le choix des couleurs permet d’humaniser les scènes. Le bleu est souvent dominant et je joue sur ses camaïeux. La mer, toute proche de St Laurent, nous offre d’innombrables nuances de couleurs qui m’inspirent. Je joue également sur les camaïeux d’ocre ou de rouge et sur leurs contrastes avec le noir. Le travail sur les couleurs me plait beaucoup, j’ai vraiment du plaisir à chercher la bonne harmonie entre elles.

Comment se construit une œuvre ?

Je travaille souvent à partir de photos que je prends moi-même ou que je trouve sur internet. J’ai un carnet d’écolier qui ne me quitte pas où je dessine la scène que je veux peindre. Dans ma tête, j’ai déjà choisi le format, je sais où je vais. Je prépare la toile, je l’enduis de gesso que je laisse sécher. Le gesso est teinté en gris-noir et sert pour le fond. Je dessine ensuite au pinceau, en noir, à main levée. C’est un peu la même technique que les vitraux. Les couleurs contrastent avec le noir. Le fond qui est un peu granuleux met par exemple en relief les vêtements.

Vous êtes également inspirés par les paysages bretons, les pardons … ?

J’ai plaisir à représenter les villages bretons. Souvent, j’aimerais vivre dans ces villages. Je m’imprègne des paysages, des mentalités, des couleurs et je retraduis dans mes tableaux tout cet univers qui m’habite. Au moyen de couleurs vives, j’essaie de transmettre la joie de vivre, les émotions. Les villages font partie de mon travail. Je les peindrai tant que je ressentirai du plaisir à le faire.
Les pardons bretons m’intéressent beaucoup, pour l’expression culturelle, la foi qu’ils manifestent et pour les couleurs très riches des costumes, à l’exemple de la Grande Troménie de Locronan. J’ai eu l’occasion de connaître l’entreprise Le Minor de Pont l’Abbé spécialisée en broderie. J’ai réalisé des cartons-dessins de bannières (Notre Dame de la Clarté, Le Yaudet, Guidel ….) que l’entreprise Le Minor a ensuite brodé. Depuis 2000, je collabore également avec les faïenceries Henriot de Quimper soit des pièces éditées qui sont ensuite recopiées par les peinteuses soit des pièces uniques où je décore les assiettes, les plats, les vases, avant cuisson. J’ai réalisé quelques statuettes de saints en faïence, à l’exemple de Ste Anne où j’ai essayé de transmettre un message de tendresse et de douceur.

Vous êtes très polyvalent dans votre expression artistique ?

C’est effectivement un plus. Réaliser des motifs sur un vase me permet de raconter une histoire. Mais il peut y avoir des surprises dans le rendu des couleurs après cuisson. Etre polyvalent apporte une facette supplémentaire à mon métier de peintre et l’occasion de rencontrer d’autres personnes. Actuellement, mon temps se répartit pour moitié entre la faïence et la peinture. Je vais travailler tout l’hiver pour préparer une grande exposition à Quimper avec des pièces uniques de faïence, des fresques que l’on met à l’extérieur. Toute ma vie a été pleine de « ricochets », elle m’a fait connaître des gens que je n’aurais jamais connu sans la peinture, notamment les entreprises Le Minor, Henriot, Armor Lux ….

Avez-vous un retour de la part des acheteurs ?

Le fait que des acheteurs reviennent m’acheter d’autres tableaux montre bien l’intérêt du public. Ma présence ponctuelle à Pont Aven me permet de discuter avec beaucoup de personnes. « Vos tableaux me font du bien » me disent certains. « Ils m’apportent une émotion ». D’autres ajoutent « J’ai grandi avec vos tableaux ». Contrairement à un meuble dans une maison, je suis persuadé qu’un tableau vit et peut se transmettre d’une génération à l’autre.

Comment définissez-vous « le beau » ?

Pour moi, ce qui est beau c’est l’équilibre, l’harmonie entre les formes et les couleurs dans un tableau, un vase, une assiette, …. C’est ce qui m’intéresse et m’apporte un réel plaisir. Construire une œuvre demande de la préparation, de l’énergie. Si cela peut rendre les gens heureux, j’en suis moi-même très content. Je me suis enrichi personnellement de toutes ces rencontres.

De nombreuses expositions
Patrice Cudennec expose dans sa galerie de Pont Aven mais aussi dans d’autres galeries à Nantes, St Malo, Perros-Guirrec, Quimper … Il a aussi réalisé des expositions à Malines (Belgique) et quelques tableaux sont présents aux USA, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Tunisie, Jordanie …

Voir en ligne : Patrice Cudenec

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