Yves : "Cultiver son baptême, c’est agir" Enregistrer au format PDF

Lundi 21 janvier 2019 — Dernier ajout lundi 11 février 2019

Après avoir vécu en région parisienne, Yves et Catherine Piron sont arrivés à Plourhan, il y a cinq ans.

Diacre depuis 23 ans, Yves a vécu au contact de la périphérie, près des petits, dans son travail et dans sa fonction d’aumônier. Il est aujourd’hui délégué épiscopal à la Pastorale des migrants et nous explique son parcours.
Nous avons vécu plus de trente ans en région parisienne, aux portes de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Nous avons trois enfants et neuf petits enfants. Deux de nos enfants sont dans l’Ouest et le troisième à Paris. A la retraite, nous avons eu envie de nous installer en Bretagne et nous avons choisi Plourhan, à côté d’Etables sur mer, où nous vivons depuis 5 ans.

Vous avez été ordonné diacre ?

Je suis issu d’une famille catholique traditionnelle. Ayant quitté tôt l’école, je m’étais éloigné de la religion. C’est la demande de ma fille de 10 ans de participer au caté qui m’a « reconnecté » à la pratique religieuse. Je suis passé de la foi de mes parents à ma propre foi.
Je n’ai jamais souhaité être diacre, j’ai été interpellé par 2 prêtres qui m’ont demandé de réfléchir au diaconat. La formation m’effrayait car j’ai quitté l’école à 14 ans, même si j’ai repris des études après. J’ai été baptisé quelques jours après ma naissance. Le baptême, on le reçoit mais il faut ensuite le faire vivre, le faire grandir. J’ai cheminé avec mon épouse en prenant progressivement conscience de mon baptême. C’est ce qui nous anime aujourd’hui. J’ai été ordonné diacre en mars 1995, cela fait maintenant 23 ans.

Quelles ont été vos missions en tant que diacre ?

L’évêque m’a d’abord donné une mission auprès de mes collègues de travail : leur tendre la main, être à l’écoute, être attentif auprès de chacun. Cela peut paraître simple mais c’est un engagement quotidien qui demande de la disponibilité.
J’étais responsable d’équipe dans le service de propreté de la ville de Paris. Dans les contacts quotidiens avec les SDF, j’avais une attitude différente de mes collègues, j’affichais ma foi. Je pourrais citer plusieurs anecdotes liées à mon travail, aux Halles ou sur les quais de Seine. Mon attitude et ma façon de faire interrogeaient souvent mes équipiers et les policiers. J’ai aimé cette proximité avec les « petits ». A l’intérieur de mon équipe, j’ai accompagné des collègues qui avaient des difficultés familiales avec leurs enfants notamment vis à vis de la drogue.
J’ai ensuite été aumônier des jeunes de l’Enseignement Public, en Seine et Marne. J’étais chargé d’accompagner les groupes de jeunes dans leurs recherches et leurs difficultés. J’en garde un bon souvenir. Quelques jeunes continuent à me contacter pour célébrer leur mariage. Récemment, ils ont débarqué à 26 pour me souhaiter mon anniversaire.

Vous avez ensuite été aumônier dans un centre pénitentiaire ?

Je devais être aumônier dans un établissement recueillant des mineurs. Cet établissement n’a pas pu se construire et j’ai été nommé aumônier au Centre Pénitentiaire de Meaux-Chauconin (plus de 800 détenus). J’y suis resté 5 ans. Je voyais les détenus dans leurs cellules et j’organisais une célébration tous les 15 jours, une messe avec un prêtre ou un temps de la Parole.
Dans ce centre, j’ai entendu des confessions terribles. Pendant les entretiens, les détenus regardaient comment je réagissais. « Ce n’est pas l’acte que tu as commis que je vois, c’est l’homme que tu es », leur ai-je répondu plusieurs fois. Je les ai aidés à se remettre debout. D’une telle expérience, on ne sort pas intact et les rencontres basées sur la confiance m’ont beaucoup marqué. J’y ai vécu une belle aventure, avec des baptêmes et des confirmations de détenus.
Au bout de 5 ans, j’ai quitté cette fonction. Catherine et moi voulions aller à St Jacques de Compostelle. Etant absent plusieurs mois, j’ai démissionné pour pouvoir être remplacé au centre pénitentiaire.

Vous êtes ensuite arrivés à Plourhan ?

Notre arrivée à Plourhan a été un grand bonheur avec un accueil très chaleureux de la part des prêtres, des fidèles, de tous les habitants, …
En tant que diacre, j’ai été rapidement rattaché au diocèse de St Brieuc. On m’a proposé diverses missions. J’ai donné mon accord pour l’une d’entre elles : la Pastorale des migrants sans trop savoir à quoi je m’engageais. J’ai été nommé délégué épiscopal à la Pastorale des migrants.
Ma mission consiste à être attentif aux frères qui arrivent afin qu’ils puissent vivre dignement et décemment. Ce n’est pas une tâche facile mais j’ai toujours aimé « avoir les mains dans le cambouis ». J’ai tissé des liens avec l’équipe migrants du Secours Catholique, notamment au sein d’Escale Famille mis en place récemment à la Maison St Yves.
Escale famille est un accueil de jour qui s’adresse aux familles qui n’ont pas d’hébergement et sont à la rue. Les personnes viennent à Escale famille pour se laver, préparer des repas, laver et sécher leur linge et bien sûr rencontrer, échanger, discuter avec des bénévoles ou d’autres migrants. Malheureusement, le soir, ils doivent retourner à la rue.

Ces actions auprès des migrants vous ont marqué ?

Tout cela m’a beaucoup interrogé et même bousculé. Avec les bénévoles du Secours Catholique, nous essayons de trouver des solutions mais la situation est complexe. Surtout pour les migrants qui sont déboutés dans leur démarche de droit d’asile. Le juge décide si oui ou non ils peuvent être hébergés en France. Si c’est non, ils sont obligés de quitter le territoire dans un délai court. Ils n’ont plus d’existence légale en France. S’ils restent, ils deviennent clandestins. N’ayant plus de droits en France, ils n’ont plus d’argent. Ils s’adressent alors aux associations. Mais c’est très compliqué. Nous n’avons pas de solutions pour eux.
Je dois suivre prochainement à Paris une formation qui pourrait nous donner quelques pistes pour ces déboutés du droit d’asile. Dans le Grand Ouest, nous nous retrouvons 3 à 4 fois par an pour mettre en commun nos pratiques départementales.
Nous partons du constat suivant : nous n’avons pas été chercher ces migrants, ils sont là, il faut les traiter avec dignité, quelle que soit leur religion. Qu’il y ait des familles avec bébés qui dorment dans la rue n’est pas digne de la France. Avant de leur parler de Dieu, il faut qu’ils aient le ventre plein, qu’ils puissent dormir correctement et retrouver leur dignité. A Escale Famille, nous accueillons les personnes dans la confiance. Au fil du temps, les échanges s’étoffent. Et certains osent parler d’eux et confier qu’ils sont musulmans, chrétiens ou d’une autre religion.
Dans la Pastorale des migrants, il y a beaucoup à faire. Une réflexion est en cours pour créer des synergies. Un groupe de quatre diacres travaillant, chacun à un titre ou un autre, sur les problèmes de solidarité, a décidé de se rassembler pour échanger les idées et les pratiques, créer des passerelles, fédérer les efforts.

Comment vivez-vous votre baptême au quotidien ?

Dans chaque mission qui m’a été confiée, je vis des choses qui me marquent, que ce soit au contact des SDF à Paris, des jeunes, des prisonniers de Meaux, au sein d’Escale famille, au village st Joseph…
Vivre son baptême au quotidien, c’est pour moi me nourrir de la Parole, marcher à la suite du Christ. Le Christ nous a dit : « J’étais un étranger, nous m’avez accueilli ». Le baptême, il faut le cultiver, il ne doit pas rester en jachère, il faut agir. Je suis convaincu que le Christ nous aime. Il nous propose de le suivre sans nous forcer. Chacun est libre de choisir, en toute liberté.

Sur le chemin de St Jacques
Sur le chemin de St Jacques de Compostelle, tu mets de côté tes soucis et tout ce qui fait ta vie et tu prends ton bâton sans savoir ce qui va exactement se passer. Nous l’avons fait en trois fois à cause de problèmes de santé. C’est une aventure personnelle et spirituelle qui se vit à deux dans le couple et qui provoque chaque jour de nombreuses rencontres. J’ai beaucoup apprécié les repas des pèlerins le soir où en fonction des rencontres, celui ou celle qui est en face de toi déroule sa vie et parfois cherche une oreille attentive, un réconfort, une aide. Cheminer vers St Jacques c’est tout à la fois : marcher, se ressourcer, observer la nature, mais aussi intérioriser, prier…
La journée du pauvre au Village St Joseph
En début de mois, la journée du pauvre s’est déroulée au village St Joseph de Plounévez-Quintin. Nous y avons amené 15 personnes de la région de St Brieuc. Une journée des cabossés de la vie, minés par des addictions diverses qui ont perdu leurs repères sociaux souvent en raison de problèmes familiaux. J’ai côtoyé des personnes qui ont témoigné à visage découvert de leur descente en enfer. Ce fut une journée forte où, après la visite des ateliers présentés par les résidents, nous avons écouté, prié.