La Première en chemin

15Le mois de mai nous donne une fois de plus la joie de rejoindre, avec plus d’instance, Marie, Mère de Jésus, dans notre vie de chrétiens, qu’elle soit personnelle, familiale ou communautaire.
Lorsque chaque jour, nous saluons Marie par le « Réjouis-Toi », ou la formule plus habituelle de salutation « Je vous salue Marie », c’est une salutation divine que nous adressons à Marie, celle là même que le Messager de Dieu a prononcée au jour de « l’Annonciation » à Nazareth.

Nous sommes renvoyés à l’Evangile selon Luc :
En Luc (Lc 1,26s), Marie est saluée par les paroles inattendues et bouleversantes qui lui sont adressées par l’Ange Gabriel : « Réjouis-toi … le Seigneur est avec toi ! ».

Ce sont les termes mêmes par lesquels le prophète Sophonie s’adresse à la « Fille de Sion » :
 » Crie de joie, Fille de Sion … Réjouis-toi et exulte de tout ton coeur, Fille de Jérusalem, le Seigneur, ton dieu est au milieu de toi «  (So3, 14-17)
Par la Parole du prophète, le Seigneur invite la « Fille de Sion » à se réjouir de son amour et de sa Présence en elle :
 » Le Seigneur est en toi « .

Cette dernière expression, qui souligne la Présence permanente et active de Dieu, trouve tout son sens dans le verbe hébreu sous-jacent qui signifie : « s’approcher au plus près ». Il désigne aussi l’intérieur d’une chose ou d’une personne. La manifestation de Dieu, en Marie, n’aurait pu, en effet, se faire plus proche qu’en cette conception, en son être féminin même, du « Verbe fait chair ».

Marie, la Mère de Jésus, ne serait-elle pas la « Fille de Sion » dont la vocation est d’enfanter le Messie à l’instar des filles de Jérusalem ?

On retrouve cette même invitation au bonheur dans le Livre de Zacharie :
 » Sois dans l’allégresse, pousse des cris de joie, Fille de Sion, car ton roi vient à toi, juste et victorieux, pauvre et monté sur un ânon …  » (Za9,9).

Ici est donné à la Fille à de Sion un autre motif de se réjouir : Voici que vient ton Roi !

Ces prophéties, dites messianiques, annoncent un Messie, pauvre et cependant victorieux. Elles s’adressent à Jérusalem, appelée la Fille de Sion et, à travers elle, à tout le peuple d’Israël. Mais selon une re-lecture chrétienne de ces prophéties, c’est la jeune Marie de Nazareth, la « comblée de grâces » (Lc 1,26), qui est invitée à se réjouir parce que son Roi, son Fils Yeshoua, le Sauveur, vient à elle, selon la promesse qui a franchi les siècles et à laquelle elle a totalement adhéré par son Oui dans la pureté de son coeur. C’est avec Marie que le peuple des croyants, élargi à l’humanité tout entière, est appelé à marcher avec son Dieu sur un Chemin d’Espérance, car le prophète l’a proclamé :
 » Le Seigneur est au milieu de toi …  »

Ainsi, Marie est-elle « bénie parmi toutes les femmes », bénie et comblée car l’Enfant de la Promesse a pris chair en elle. Elles ont préparé le chemin, toutes celles qui l’ont précédée dans cette longue lignée, ces femmes qui s’appelaient Sarah, Rébecca, Rachel ou Léa, Ruth et bien d’autres, fidèles à la Parole divine en attente de son accomplissement, dans l’obscurité souvent, dans la souffrance aussi, mais toujours envers et contre tout, dans la fidélité à la transmission de la Promesse.

Saluer Marie, lorsque nous méditons le chapelet, c’est rendre présente, dans une action de grâces, dans un vibrant Magnificat, toute cette belle histoire biblique au sein de laquelle nous avons à prendre place, au fil des jours, dans le pèlerinage de notre vie, avec Marie, la « Première en chemin ».

Marie-Aimée ROUAUX.

 

Voir aussi : Mai, mois de Marie, mois en sortie 

« En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée » (Lc 1,38). Ce sont les premiers mots de l’Evangile de la fête de la Visitation de la Vierge Marie, le 31 mai. Ils me suggèrent le rapprochement suggéré plus haut, dans le titre : Marie en sortie !
Vous avez reconnu l’un des mots favoris du pape François : sortir pour une transformation missionnaire. C’est dans le premier chapitre de sa première exhortation apostolique :
« Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande, mais nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile ». (N° 20 de « La joie de l’Évangile », 24 novembre 2013).
Le chemin du mois de mai, c’est une invitation à sortir un peu plus de chez nous pour visiter et rencontrer les voisins. Pour Marie, il y avait un peu de route, de Nazareth aux montagnes de Judée. Pour nous, cela peut être plus près, tout près.
Le chemin du mois de mai, c’est la prière que nous pouvons adresser ensemble à la Vierge Marie, avec le chapelet, dans nos maisons, une église, une chapelle. Nous disons merci pour la grâce dont elle est comblée, toute aimée de Dieu, et nous avec elle. Nous demandons la grâce de la conversion, de la sortie de nos péchés. Nous la prions aussi avec tous ceux qui souffrent de la guerre en Ukraine, avec notre pays et les choix à faire, avec nos vies de chaque jour. Nous savons que nous pouvons tout lui dire, nos souffrances, nos doutes, nos attentes.Je confie à la Vierge Marie, première missionnaire, la transformation pastorale de notre diocèse avec la question posée dans les équipes synodales et nos communautés et mouvements (page 6 du cahier de la consultation diocésaine / 2ème étape) [1] :
« Pour un nouvel élan missionnaire, imaginer les pistes possibles et concrètes à mettre en œuvre dans la vie d’une paroisse, d’un mouvement, d’un service ou du diocèse. »
Que la Vierge Marie porte notre élan.
Que l’Esprit Saint nous montre comment nous devons marcher ensemble.
A Saint-Brieuc, le 3 mai 2022
+ Denis MOUTEL
Evêque de Saint-Brieuc et Tréguier
[1] Vous pouvez vous procurer ce cahier dans les paroisses ou à la Maison Saint-Yves.
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