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La Passion de Jésus, un procès de manipulateurs

Exposition Christoff Baron cathédrale de Strasbourg en 2019 – Photo Jean-Louis Kervizic

Matthieu relate la Passion et la mort de Jésus en mode reportage. Arrêtons-nous sur quelques aspects de ce récit, qui débute sur le marché cynique de Judas.

Trente pièces d’argent. Cela correspond au prix d’un esclave lors d’un dédommagement (Ex 21,32). Méprisant l’Alliance offerte par Jésus, et sa qualité de serviteur de Dieu, les grands-prêtres monnayent l’arrestation de Jésus au prix de celle d’un vulgaire esclave. L’événement a lieu à quelques jours de la Pâque. Cette fête, importante sur le plan religieux et civil (souci de l’ordre public), célèbre la sortie des Hébreux hors d’Égypte grâce à l’intervention salutaire de Dieu. En cette période, la foule des croyants juifs est considérable à Jérusalem, venant de Judée, de Galilée et de toutes les communautés de la diaspora.

Sans tarder, Jésus annonce à ses amis que l’un d’eux va le livrer à ses adversaires… Rabbi, serait-ce moi ? Le rabbi est un maître spirituel. Matthieu nous indique ici que la trahison de Judas prend sa source dans son incapacité -ou son refus- à confesser la seigneurie de Jésus. Ceci est mon corps, ceci est mon sang Jésus accomplit le rite du Séder de Pessa’h en lui donnant une signification nouvelle : le pain azyme, rompu et partagé, est désormais signe de tout son être livré. – le vin, symbolisant son sang, c’est-à-dire sa vie donnée pour l’Alliance nouvelle. Le sentiment d’angoisse souligne combien Jésus se prépare avec lucidité à sa mort. Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. Pour le croyant, cette tentation désigne celle de refuser le dessein de Dieu face à une très lourde épreuve (la croix). Conscient de la faillibilité des disciples, Jésus sait qu’il devra affronter, seul, le dessein du Père et la Croix.

L’arrestation de Jésus. Le baiser manifeste un lien amical. Or, Judas pervertit ce geste d’amitié qui devient trahison. Salut, Rabbi. Cette salutation souligne combien Judas se distingue des autres disciples. Mon ami, lui répond Jésus, pour lui rappeler leur lien de compagnonnage, qu’il maintient malgré la relation brisée par Judas.

Le procès se déroule de nuit, chez Caïphe et non au Temple, dans la salle dédiée pour le sanhédrin (conseil suprême). Tout est faux et trompeur. Non seulement le lieu, l’heure (de nuit) mais l’organisation même du procès. L’accusation retenue n’a rien de répréhensible ; elle entraîne habituellement un emprisonnement et une bastonnade. L’impatience de Caïphe montre sa difficulté d’accuser Jésus : Je t’adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Messie… Jésus renvoie le grand-prêtre à la vérité de son propos, qui révèle son identité. Caïphe l’accuse alors de blasphème (qui consiste à insulter, offenser notamment le nom de Dieu). L’accusation ne repose donc sur rien sinon la seule interprétation du grand-prêtre. Matthieu insère la mort de Judas avant le procès de Pilate. L’évangéliste met ainsi en évidence l’obstination des grands-prêtres et des anciens à supprimer Jésus : Que nous importe ! Les remords et la mort de Judas ne changent rien au procès en cours. Son péché n’est pas d’avoir vendu et trahi son Rabbi innocent, mais de ne pas avoir su reconnaître en lui le Seigneur et Fils du Dieu vivant.

Pilate : « Es-tu le roi des Juifs ? » Selon Matthieu, les accusateurs ont changé le motif d’accusation de manière à l’orienter vers un procès politique. En Luc 23,1-2, nous lisons que le Sanhédrin dénonce Jésus comme prétendant à la royauté… donc un danger pour la puissance romaine en Judée. Le silence de Jésus exprime son refus d’entrer dans ce jeu du pouvoir ; Il est certes Christ et Fils de Dieu, mais pas selon le profil attendu d’un messie-roi des juifs tout-puissant. Pilate perçoit l’obstination malhonnête des accusateurs. Il déplace alors le procès en faisant appel à la foule. Mais la stratégie mortifère des grands-prêtres et des anciens est telle qu’ils réussissent à manipuler la foule. Par crainte d’une émeute populaire, Pilate laissera la foule condamner Jésus. Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants !  Ce verset, hélas, a souvent été instrumentalisé pour des discours antisémites, sur la culpabilité des “juifs déicides”. La terre trembla… Le rideau déchiré du Temple rend caduque la fonction du grand-prêtre, de l’ancienne Alliance. Ce n’est plus dans le Saint-des-saints que Dieu se donne à voir, une fois l’an et par le seul grand-prêtre, mais sur cette croix 3 de tous.

Dans ce récit, Matthieu met en évidence que la condamnation de Jésus est avant tout celle des élites du Temple, et non celle de Rome. Des hauts-responsables sont capables de supprimer, pour leurs intérêts et pour 30 pièces d’argent, un messager porteur de valeurs essentielles à la vie de la communauté humaine. De plus, en faisant sournoisement condamner Jésus, les élites religieuses condamnent le peuple en le détournant de son Sauveur.

Jean-Marie RABAIN,
Sous l’inspiration de : François BESSONNET, bibliste et de Damien STAMPERS, diocèse de Blois.

 

 

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